Alarmé par le gouffre abyssal de la caisse de pension de la Ville de Fribourg (30 millions), le Service cantonal des communes (Scom) a placé le conseil communal (exécutif) sous haute surveillance (LT du 10.03.2005). Ainsi, il entend connaître la manière qui permettra à la cité des Zaehringen de redresser la situation. Surtout, il exige de recevoir, en même temps que les parlementaires, tous les messages adressés au Conseil général (parlement), de façon à pouvoir donner son appréciation avant même que ce dernier ne se prononce. Enfin, la commune devra lui remettre la liste des investissements prévus ces cinq – voire dix – prochaines années, avec leurs répercussions financières. Parmi eux figure le projet de nouvelle salle de spectacle (théâtre), devisé à 30 millions de francs. Directeur des institutions, de l'agriculture et des forêts, le conseiller d'Etat Pascal Corminboeuf estime que le Scom a eu raison d'intervenir maintenant, plutôt que refuser ultérieurement un emprunt à la Ville.

Le Temps: La commune de Fribourg a-t-elle été mise sous tutelle?

Pascal Corminboeuf: On ne peut pas appeler cela une mise sous tutelle. Ce cas de figure est du reste prévu par la loi sur les communes – ça s'appelle la mise sous administration. Le Scom a simplement joué son rôle. Il était préférable d'intervenir maintenant, plutôt que de refuser après coup l'autorisation d'emprunt pour la construction du théâtre (ndlr: qui a pour l'instant été repoussé par le Conseil général).

– Comment expliquez-vous la réaction de l'exécutif communal, qui a très mal pris la décision du Scom?

– Traditionnellement, le conseil communal de Fribourg cultive des liens privilégiés avec le Conseil d'Etat. Par exemple, les deux exécutifs passent chaque année un jour ensemble pour échanger leurs points de vue. Cela a pu laisser penser à la capitale cantonale qu'elle occupait un rang à part parmi les communes. Or l'intervention du Scom l'a ramenée au niveau des autres.

– La situation financière de la Ville est mauvaise. Pourquoi?

– Elle était bien pire il y a cinq ans. Or, par une gestion rigoureuse, le conseil communal a su redresser la situation. Aujourd'hui, celle-ci serait tout à fait satisfaisante, s'il n'y avait eu l'affaire de la caisse de pension – j'espère à ce sujet que l'enquête menée par la commission financière du Conseil général permettra de faire toute la lumière et d'établir des responsabilités s'il y en a. Ce découvert de 30 millions a de nouveau grevé les finances communales. Dans de telles conditions, impossible de projeter un théâtre à 30 millions de francs. Mais je garde confiance pour Fribourg, car son indice de capacité financière reste bon (classe 2). Sans les problèmes liés à la caisse de pension, la Ville aurait aujourd'hui la tête hors de l'eau. Cela dit, je crois sincèrement que ces problèmes sont solutionnables.

– Le Conseil d'Etat n'est-il pas inquiet pour la Ville de Fribourg?

– A cause du problème de la caisse de pension: oui. En revanche, je n'ai pas de souci concernant le théâtre.