«J'ai envie d'un canton innovateur, conquérant, qui fasse confiance à sa jeunesse.» Le cri du cœur du député socialiste Guy-Noël Jelk n'a guère eu d'écho, mercredi, dans l'hémicycle de l'Hôtel de Ville de Fribourg. Malgré un ardent plaidoyer de la gauche, soutenue par le conseiller d'Etat Pascal Corminboeuf, qui a multiplié les arguments pour défendre le projet, la motion populaire de la Jeunesse socialiste (JS) demandant le droit de vote à 16 ans a été balayé par la droite. «A cet âge, on n'est pas assez mature pour exercer des droits civiques», coupe cette dernière, qui a signifié par 63 voix contre 30 et 6 abstentions qu'elle n'en voulait pas. Interview d'un ministre déçu.

Le Temps: Le Grand Conseil a infligé une gifle au Conseil d'Etat. Comment interpréter ce désaveu?

Pascal Corminboeuf: Nous n'avons pas pu échapper au débat gauche-droite. A part une députée UDC, la droite a rejeté massivement le texte. Cela m'a surpris. J'ai du reste fait une allusion à Genève, où le droit de vote à 16 ans était porté par le PDC. On voit que dans ce canton, les minoritaires ne sont pas les mêmes qu'à Fribourg...

- Le résultat du vote laisse effectivement paraître un fort clivage gauche-droite. Le fait que le projet soit porté par la JS a-t-il joué en sa défaveur?

- Au vu des débats, j'ai le sentiment que c'était un point de départ rédhibitoire. Je le regrette vraiment. Le Conseil d'Etat avait essayé d'avoir une position plus ouverte sur la question, et le Grand Conseil ne s'engageait à presque rien, sinon à soumettre la question au peuple. Je déplore qu'il n'ait pas osé accomplir ce pas. Cela aurait permis de régénérer le débat démocratique.

- Vous vous êtes fortement battu pour convaincre la droite, notamment le PDC. Pourquoi teniez-vous tant à ce projet?

- Parce que c'était une occasion idéale de rediscuter de la place des jeunes dans la société et de l'intégration de toutes les classes d'âge dans cette aventure qu'est une vie dans un canton.

- Les mentalités fribourgeoises ne sont apparemment pas mûres pour un tel projet. Celui-ci est-il venu trop tôt?

- On peut l'imaginer. Pour ce sujet-là, Fribourg attend d'être poussé plutôt que de prendre la tête du peloton. Je le regrette. Il existe heureusement d'autres objets où les Fribourgeois se sont montrés plus ouverts, comme l'octroi du droit de vote et d'éligibilité aux étrangers. Il est vrai que la question n'était pas posée pour elle-même, mais faisait partie du projet de nouvelle Constitution.

- Le droit de vote à 16 ans est-il définitivement enterré à Fribourg?

- Certainement pour quelques années. Mais ça dépendra maintenant de l'évolution du dossier sur le plan fédéral, où une chambre a accepté une motion, et l'autre l'a refusée. Je pense qu'après la décision de Glaris et l'ouverture du Grand Conseil bernois, qui a accepté le principe, le sujet va revenir sur le tapis.

- Le fait que vous ne puissiez vous appuyer sur aucun groupe parlementaire a-t-il joué contre le projet?

- Pendant mes douze ans d'activité au Conseil d'Etat, je n'ai jamais ressenti ma situation comme un handicap. Comme le gouvernement était derrière le projet, cela implique que certains de mes collègues l'ont soutenu, y compris au sein de la droite. Je constate que leur influence au sein de leur propre parti est aléatoire. Peut-être que si un ministre démocrate-chrétien avait dû porter le projet à ma place, le groupe PDC aurait voté de façon un peu moins monolithique.