Marc Ravalomanana, président de Madagascar, rencontre ce mardi à Genève le président de la Confédération, Pascal Couchepin. Arrivé lundi en Suisse, première étape d'une tournée d'une dizaine de jours en Europe, le président malgache effectue son premier voyage à l'étranger depuis son accession au pouvoir en mai 2002, après six mois d'une crise politique qui a abouti en juillet au départ de l'ex-président Didier Ratsiraka pour la France. Pascal Couchepin évoquera avec son homologue l'évolution politique de Madagascar ainsi que la situation économique du pays, la Suisse faisant partie du Groupe des amis de Madagascar qui comprend les principaux bailleurs de fonds. L'«affaire Walter Arnold», du nom du chef de projet de la Direction du développement et de la coopération (DDC) assassiné à Antananarivo en 1996 dans des circonstances toujours non élucidées, sera également mentionnée, précise une source bien informée. Pascal Couchepin demandera aux autorités malgaches qu'elles livrent enfin le rapport officiel tant attendu sur la mort du coopérant.

L'assassinat de l'ingénieur uranais retrouvé ligoté dans une voiture et le manque d'empressement des autorités locales dans cette affaire ont en effet quelque peu brouillé les relations entre Berne et Antananarivo. La manne helvétique pour l'île, un des pays les plus pauvres du monde, a en raison de l'enlisement de l'enquête été réduite de moitié, à environ 7 millions de francs par an, et la DDC, qui a rayé Madagascar de sa liste des pays prioritaires en 1998, a fermé son bureau de coordination sur place à la fin de 2000. Aujourd'hui, Berne apporte directement son aide à la société civile malgache, essentiellement par l'entremise de l'ONG suisse Intercoopération et ce depuis octobre 2001.

En août 2002, la Suisse avait déjà insisté auprès des autorités malgaches pour qu'elles présentent un rapport final, avec ou sans coupable, sur la mort de Walter Arnold. Un mois plus tard, le Ministère public de la Confédération décidait de son côté de suspendre les recherches menées par la police judiciaire. Après deux demandes d'entraide judiciaire, des représentants de la police fédérale de l'époque avaient effectué plusieurs déplacements dans le pays entre 1997 et 2001: s'ils sont parvenus à reconstituer presque intégralement la chronologie des événements, ils n'ont pas réussi à identifier les auteurs du crime, ni à déterminer les mobiles. Dans ces circonstances de relations diplomatiques à reconstruire, Marc Ravalomanana ne devrait pas s'attendre à un renforcement de l'aide suisse au développement – elle était de 7,6 millions de francs en 2002 et sera de 8,1 millions en 2003 –, renforcement que la Suisse ne validerait d'ailleurs que si le nouveau gouvernement fournissait des preuves de sa capacité à s'engager dans des programmes de lutte contre la pauvreté et la corruption. Si la Suisse a, ces dernières années, quelque peu pris ses distances avec les autorités malgaches en réduisant son aide au développement, rappelons que l'ambassade de Suisse à Antananarivo a joué un rôle non négligeable lors de la crise qui a ébranlé le pays en 2002. Elle a mis ses locaux à disposition pour des rencontres entre diplomates internationaux, Marc Ravalomanana et Didier Ratsiraka. Et ainsi permis de renouer un certain dialogue.