Élections fédérales

Pascal Couchepin sur la formule magique: «Aucune institution n’est éternelle»

L’ancien conseiller fédéral PLR est persuadé que la formule magique évoluera à l’avenir. Mais ce changement n’interviendra pas au cours des quatre prochaines années, prédit-il

Les Verts sont désormais le quatrième parti du pays. Si on ajoute à leur score celui de leurs cousins vert’libéraux, le pôle écologiste représente même la deuxième force politique de Suisse. De quoi donner aux Verts des envies de représentation au gouvernement. Pour l’ancien conseiller fédéral PLR Pascal Couchepin, ce ne sera pas pour tout de suite. Interview.

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Le Temps: La vague verte a rebattu les cartes sur la scène politique fédérale. Pourrait-elle mettre en danger la formule magique?

Pascal Couchepin: Cette formule est certes questionnée, mais je ne pense pas qu’elle soit en danger. Elle va évoluer à l’avenir, c’est certain, mais ça ne se fera pas au cours des quatre prochaines années. En Suisse, nous avons toujours fait en sorte qu’il y ait une ou deux élections qui confirment la tendance avant de prendre acte du changement. La vague verte que l’on connaît aujourd’hui sera-t-elle toujours d’actualité dans quatre ans? Cette vague est vague. Il est difficile d’en discerner l’action concrète.

Vous dites que la formule magique va évoluer à l’avenir. Quelle sera-t-elle?

On ne peut pas le dire aujourd’hui. Les Verts peuvent revendiquer un siège au Conseil fédéral, mais lequel? Vont-ils réclamer ce fauteuil à l’intérieur de la gauche? Le Parti socialiste est assez solide, pourquoi céderait-il un siège à ses cousins verts? Peut-être voudront-ils d’un siège libéral-radical? Ignazio Cassis n’a pas commis d’erreur depuis son élection au gouvernement et il incarne la partie italophone de la Suisse qui n’a pas été représentée pendant longtemps au Conseil fédéral. Je ne pense pas que ce soit une bonne idée de provoquer des difficultés entre les régions linguistiques.

Si on regarde les pourcentages électoraux, les Verts peuvent s’intéresser au siège PDC. Mais les démocrates-chrétiens jouent un rôle important au Conseil des Etats. Il ne serait pas sain de leur prendre cette place. Et pourquoi pas un des deux fauteuils de l’UDC, le parti qui a enregistré la plus grosse perte? Malgré ce recul, il demeure le premier parti de Suisse, il n’y a pas de raison de lui enlever un conseiller fédéral. Comme on le voit, les arguments varient en fonction du changement que l’on souhaite. Au final, il y aura beaucoup de discussions en décembre au moment de l’élection du gouvernement, mais les sept conseillers fédéraux en place conserveront leur fauteuil.

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Mais cette formule 2-2-2-1, que l’on connaît depuis des décennies, est-elle vouée à une mort certaine?

Un jour, elle aura une fin. Il n’y a aucune institution qui est éternelle. Mais pour savoir dans quelle direction on va, il faut déjà voir comment vont évoluer les positions des Verts rouges [sic] et des Vert’libéraux. S’ils se rejoignent sur le thème du climat, d’autres sujets les divisent. Or, même si c’est un thème important qu’il faut prendre en considération, on ne va pas parler, encore et toujours, du climat pendant quatre ans. Les relations avec l’Union européenne ou tout ce qui a trait au social seront également au cœur des discussions sous la coupole fédérale. Il faudra analyser les positions et les divergences de ces deux partis sur ces thèmes.

Le plus simple ne serait-il pas, finalement, de passer à un Conseil fédéral à neuf membres?

Ce serait une erreur. Une lâcheté. Le gouvernement fonctionne à sept. A neuf, ce serait plus compliqué. Les séances seraient plus longues, les procédures plus difficiles, le tout dans un monde où il faut aller toujours plus vite. Et si l’on augmente le nombre de membres du Conseil fédéral, pourquoi choisir neuf et pas onze, treize ou quinze, pour résoudre les problèmes de représentativité partisane ou linguistique? En le faisant, on créerait un gouvernement suréquipé, qui nécessiterait un premier ministre. Ce n’est pas souhaitable pour notre pays. Les Suisses sont satisfaits de ce Conseil fédéral à sept, que l’on connaît depuis 1848. La sagesse veut que l’on reste à sept membres au sein du gouvernement.


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