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Pascal Couchepin à l'Université de Lausanne, mai 2015.
© JEAN-CHRISTOPHE BOTT

Stratégie énergétique

Pascal Couchepin sur l’énergie: «Je dis non au subventionnement généralisé»

L’ancien conseiller fédéral s’oppose à la nouvelle loi sur l’énergie, en votation le 21 mai, notamment parce qu’elle propose des aides financières aux propriétaires des barrages. Il s’explique

Le front du refus de la Stratégie énergétique 2050 (SE 2050) s’élargit. Un comité environnemental d’une quarantaine de personnes opposées à la réforme vient de se constituer. Le conseiller national Kurt Fluri (PLR/SO), président de la Fondation suisse pour la protection et l’aménagement du paysage (FP, elle-même favorable à la réforme), et l’ancien directeur de l’Office fédéral de l’environnement Philippe Roch en sont les membres les plus éminents. Dans 24 heures et la Tribune de Genève, le Genevois explique sa position par le fait que les installations de production d’énergies renouvelables seront considérées de même importance que la protection de la nature. De surcroît, les possibilités de recours au Tribunal fédéral seront limitées.

A l’opposé de l’échiquier politique, le comité piloté par l’UDC vient de publier son premier bulletin, dans lequel il donne notamment la parole à… Pascal Couchepin! L’ancien conseiller fédéral PLR a publié à la fin de mars une tribune libre dans Le Nouvelliste dans laquelle il exprimait les doutes que lui inspirait la SE 2050. Il s’explique.

Le Temps: Le comité de l’UDC vous cite dans son bulletin de campagne. Avez-vous donné votre accord?

Pascal Couchepin: Oui. Ma tribune libre était publique. Nous nous sommes mis d’accord sur la citation qui serait retenue pour ce bulletin. Elle dit que «l’Etat n’est pas en mesure de contrôler l’avenir de la production d’énergie sur trente ans». J’y précise que, si l’on tente l’aventure, on risque de gaspiller des moyens au détriment de la politique sociale, de l’environnement ou d’innovations technologiques. J’ajoute que ce comité n’est pas composé que de membres de l’UDC. Il est interpartis et des libéraux-radicaux en font partie.

- Justement, le PLR s'est toujours déchiré autour de cette réforme, mais il a fini par recommander de voter oui. Cela vous a-t-il étonné?

- Je comprends que, quand on a trouvé un compromis insatisfaisant après des années de discussion, on finisse par l’accepter. On veut honorer les concessions qu’on a faites. Mais ce compromis reste insatisfaisant. Il fait la part trop belle aux subventions versées aux sociétés qui possèdent les centrales nucléaires et les barrages.

- Le subventionnement des barrages est-il l’aspect qui vous dérange le plus?

- Oui. C’est une erreur. Les propriétaires des barrages auraient dû constituer des réserves quand ils ont réalisé des bénéfices. Mais le mécanisme de financement des barrages ne les a pas incités à le faire. Je refuse donc qu’on accorde des subventions pour une politique qui était favorable aux sociétés propriétaires. Comme libéral, je suis opposé aux subventions en général.

- Ces subventions sont pourtant limitées dans le temps. Cela devrait vous rassurer.

- Pensez-vous vraiment qu’on y renoncera au terme du délai prévu? Bien sûr que non. Influencé par ceux qui touchent déjà des subsides et ceux qui en recevront avec la nouvelle loi, comme les paysans, le parlement n’hésitera pas à les reconduire. Je dis non à la logique du subventionnement permanent et généralisé.

- Doutez-vous du potentiel des énergies renouvelables?

- Je suis convaincu que l’avenir appartient aux renouvelables et je me réjouis des technologies nouvelles. Lorsque j’étais président de Martigny, nous avons investi dans l’éolien et le chauffage à distance. Il faut encourager les investissements libres des privés et l’expérience montre que certains projets fonctionnent bien et d’autres moins. Personne ne sait comment la technologie va se développer. C’est la même chose pour le nucléaire. Personne ne veut investir dans une technologie menacée par une décision du Conseil fédéral. Pourquoi la nouvelle loi veut-elle interdire de construire une nouvelle centrale? C’est inutile. Si on est ouvert aux nouvelles technologies, on ne peut pas diaboliser le nucléaire du futur. Il ne faut fermer aucune porte.

- Que préconisez-vous si la loi est rejetée le 21 mai?

- Il y a des éléments positifs dans cette loi, comme la poursuite de la politique d’assainissement des bâtiments et les avantages fiscaux pour les propriétaires. On pourra revenir avec ces éléments sans difficulté.

- Vous vous opposez publiquement à un projet soutenu par le Conseil fédéral. Comme ancien membre du gouvernement, n’avez-vous pas un devoir de loyauté?

- J’ai toujours dit que je ne me mêlais pas des affaires de mes successeurs. Je n’interviendrai pas sur la Prévoyance vieillesse 2020 ni sur les dossiers de santé publique. Ce sera peut-être différent si je vis encore vingt ans. Plus je m’éloigne du Conseil fédéral, plus je retrouve ma liberté.


Lire aussi: Comment préparer l’ère post-nucléaire en Suisse

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