Brexit

Pascal Couchepin: «Le retour de l’AELE? Une idée enfantine»

Pour l’ancien conseiller fédéral, le Brexit montre les limites de la démocratie directe

L’ancien conseiller fédéral Pascal Couchepin ne croit pas que le Brexit puisse entraîner un rapprochement entre la Suisse et le Royaume-Uni dans le cadre d’une Association européenne de libre-échange (AELE) qui retrouverait de la substance. «C’est une idée enfantine», déclare-t-il au Temps au sujet de telles spéculations.

Il est vrai que la Suisse et le Royaume-Uni ont été membres fondateurs de l’AELE (1960, avec l’Autriche, le Danemark, la Finlande, la Norvège, la Suède et le Portugal) pour favoriser un libre-échange européen sans y mêler d’autres politiques communes. «Mais le Royaume-Uni a quitté l’AELE en 1973, sans la moindre considération pour ses partenaires lorsqu’il lui a semblé bon de rallier l’Union européenne, et il procède exactement de la même façon aujourd’hui avec celle-ci», note Pascal Couchepin, qui ne voit aucun intérêt à se lier à «une puissance tutélaire défendant à ce point ses seuls intérêts.»

Après 1973, l’entrée progressive dans l’UE des autres principaux membres de l’AELE fait ressembler celle-ci à une coquille vide.


«Une majorité de hasard»

Pour Pascal Couchepin, le Brexit montre aussi «les limites de la démocratie directe: une décision ayant des conséquences extraordinaires est livrée à une majorité de hasard.» Pour lui, une telle issue, qui met en évidence des camps aussi divisés à l’intérieur du pays, sera plutôt de nature à dissuader d’autres pays européens de mettre en place des référendums de ce type. Le politicien PLR rapproche le résultat britannique de la votation suisse de février 2014 «où des irresponsables ont amené le peuple à se prononcer pour une solution inapplicable.»

Surpris de voir que les pragmatiques Britanniques se sont engagés dans une aventure politique, l’ancien conseiller fédéral estime que le résultat est «mauvais pour la Suisse, qui n’aura plus de place sur l’agenda européen pour deux ans au moins, et pour l’UE, qui sera paralysée par le débat sur son futur au moment où la Chine et les USA se partagent le globe.» Mais l’UE doit réagir et digérer cet échec. A plus long terme, «elle peut peut-être y gagner, vu que le Royaume-Uni freinait son évolution. L’Union européenne reste une grande chose, mais elle a la grippe et il faut lui laisser le temps de la soigner.»

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