La reprise en main du bateau ivre d'Expo.01 s'avère bien plus avancée que ce que les communiqués officiels laissent transparaître. Mercredi, le vice-chancelier de la Confédération, Achile Casanova, indiquait sobrement que, lors de sa séance du matin, le Conseil fédéral avait été informé des résultats de la rencontre organisée lundi à Morat avec les représentants de l'économie. Une occasion de resservir le couplet sur les espoirs placés dans le résultat de l'audit lancé par Nicolas G. Hayek pour que Confédération et patrons puissent s'engager plus fortement dans le projet en mal de financement. Mais une précieuse information a été passée sous silence: sans attendre le résultat de l'audit, le conseiller fédéral Pascal Couchepin s'est finalement laissé convaincre de s'investir directement dans le sauvetage de l'Expo. Il a formellement demandé à ses pairs l'autorisation de pouvoir siéger à titre provisoire dans le futur comité de direction d'Expo.01.

Pas de second rôle

Dépassé par les événements, l'actuel comité stratégique a promis de mettre sur pied d'ici au 27 août ce nouveau bureau exécutif. Ce n'est qu'à cette date-là que l'arrivée de Pascal Couchepin aurait dû être rendue publique, pour laisser l'ancien conclave de l'Expo sauver la face en annonçant lui-même l'élection du conseiller fédéral. Sa fonction exacte et la durée de son mandat extraordinaire ne sont pas encore clairement définies. Mais, si le Valaisan s'est décidé à mettre son poids dans la balance, ce n'est sans doute pas pour jouer les seconds rôles. Il devrait donc prendre la tête de ce comité de direction doté de pouvoirs décisionnels renforcés. Composée de 5 à 7 membres selon les propres termes du comité stratégique, cette équipe devrait également compter un représentant de l'économie et des milieux culturels (lire ci-contre).

Plusieurs sources proches du gouvernement et l'entourage même du chef du Département de l'économie nous ont confirmé mercredi cette arrivée en force de Pascal Couchepin. Lundi à Morat, ce dernier se montrait pourtant encore réticent à une implication aussi directe dans la relance d'Expo.01. Mais la pression des milieux économiques semble avoir eu le dessus: leur promesse de financement est certes conditionnée par la vérité sur les chiffres de l'Expo, mais l'arrivée d'«un boss assurant la solidité des structures» était tout autant évoquée. Dans ce climat d'urgence, le patron de Swatch, Nicolas G. Hayek, flanqué de Francis Matthey et d'Elisabeth Zölch, président et vice-présidente d'Expo.01, était une nouvelle fois reçu mardi par le ministre de l'Economie chargé du dossier de plus en plus lourd de l'Expo.

Projet gravement en danger

En fin de journée, Pascal Couchepin s'est visiblement rendu à cet inquiétant constat: le projet est si gravement en danger que le poids d'un conseiller fédéral, même engagé provisoirement, ne sera pas de trop pour rétablir la confiance et prendre les décisions qui s'imposeront dans les semaines à venir afin d'éviter que le rendez-vous national de 2001 ne se transforme en un gouffre à millions dépensés dans le vide. Le Valaisan ne s'avance évidemment pas sans munitions: un groupe de travail interdépartemental baptisé «IDA EXPO.01» est déjà à pied d'œuvre pour «suivre l'expertise Hayek, en apprécier les résultats et coordonner au mieux la participation de la Confédération».

Un signe ne trompe pas: cette «task force» est placée sous la houlette du nouveau secrétaire général du Département de l'économie, Stefan Aeschimann, alors que Daniel Margot ne figure même pas dans son organigramme provisoire. Cet ancien collaborateur personnel de Jean-Pascal Delamuraz reste pourtant officiellement le délégué du Conseil fédéral auprès d'Expo.01. Mais sa fonction semble devoir se réduire à un rôle honorifique au sein du comité stratégique, qui sera lui-même maintenu en place pour ménager les susceptibilités régionales.

La direction d'Expo.01 a décidé de reporter au 3 mai 2000 l'ouverture de la vente des billets d'entrée à l'Exposition nationale, prévue initialement à fin septembre, cela pour tenir compte des conclusions du rapport de Hayek Engineering.