Ce n'était pas prévu au programme, mais le conseiller fédéral Pascal Couchepin s'est volontiers prêté à la photo de groupe avec quelques écoliers bernois en promenade sur les bords du lac de Bienne. L'esprit de Jean-Jacques Rousseau sans doute… Peu auparavant, sous les frondaisons de l'auberge de l'île Saint-Pierre qu'affectionnait l'auteur du Contrat social et dont le patron du Département fédéral de l'économie veut faire sa «Roche de Solutré», celui-ci avait par contre suivi à la lettre son programme. Et présenté ses «lignes directrices pour une politique économique axée sur la croissance». Sans être un «Livre blanc» au souvenir sulfureux, ce n'en est pas moins le cahier des charges d'inspiration résolument libérale que son département remplira sur quatre ans. Un document qui prône une libéralisation accrue du marché et s'inscrit dans une logique de baisse de la charge fiscale.

«Les voix qui, il y a vingt ans, prônaient une politique de croissance zéro se sont tues», affirme d'emblée Pascal Couchepin. Sans rêver à un quelconque modèle économique, et surtout pas à celui des Etats-Unis ou de la Grande-Bretagne, il confesse sa foi en «une croissance la plus forte possible». «Parce que la croissance économique favorise la paix sociale», explique-t-il. Or, cette paix sociale, dont les milieux économiques vantent volontiers les bienfaits, est une des cinq lignes directrices de son programme.

Les autres sont, sans surprise, l'ouverture économique et le partenariat actif au niveau international, le maintien d'une place industrielle et tertiaire compétitive, la promotion de la valeur ajoutée en tant que moteur du développement et la stimulation d'une place de formation et de recherche innovatrice. Soit autant d'objectifs que le nouveau Secrétariat d'Etat à l'économie (Seco), que dirige dès demain l'industriel David Syz, et l'Office fédéral de la promotion professionnelle et de la technologie de Hans Sieber doivent atteindre.

Le conseiller fédéral quantifie cette croissance qu'il appelle de ses vœux. Le Produit intérieur brut doit augmenter de 1,5 à 2,5% par année. Actuellement, à un niveau proche de 1%, il admet qu'elle est trop basse. Mais en attendant les conclusions d'une analyse que la Commission fédérale pour les questions conjoncturelles doit bientôt publier, Pascal Couchepin veut aller de l'avant. Avec une idéologie économique simple: pour retrouver la croissance, il faut libéraliser les conditions-cadres du jeu économique et baisser les impôts!

«Des signaux forts»

Certes, le politique doit garder la priorité sur l'économique. Mais Pascal Couchepin constate que les mesures importantes déjà prises pour réformer l'ordre juridique en matière économique, comme la nouvelle loi sur les cartels, celle sur le marché intérieur ou les privatisations partielles, sont insuffisantes. Sa «politique d'ordre» ira aussi dans le sens d'une meilleure efficacité de la loi sur les cartels – «Les décisions que la Commission de la concurrence prendra prochainement, notamment sur le prix des livres, seront des signaux forts» –, d'un allégement important des tâches administratives, de la promotion du capital-développement ou encore du soutien accru au tourisme.

Libéraliser, c'est stimuler la concurrence, donc la croissance économique. Pascal Couchepin y ajoute une condition essentielle à ses yeux: «Quand la charge fiscale augmente, on freine la croissance», explique-t-il. «Pour l'instant, ce n'est pas son taux absolu qui est un problème mais le rythme de son évolution.»

Et d'indiquer que son département discute avec celui des Finances de Kaspar Villiger pour déterminer un niveau de charge fiscale qui soit le moins élevé possible. «L'écho que nous y avons reçu est favorable», conclut le patron du Département fédéral de l'économie.