L'UDC poursuit son ascension en recueillant 26% des intentions de vote fin juin contre 25% fin avril, le PRD et le PDC (19% et 14%) stagnent alors que, pour la première fois, le PS perd des points (23% contre 24% fin avril). Voilà ce que souligne le cinquième baromètre électoral réalisé entre le 16 et le 28 juin. Bien plus significatifs, les résultats des votations populaires du 18 mai – qui se sont traduits par une débâcle pour le PS – mais plus particulièrement le vif débat autour de l'âge de la retraite qu'a su imposer Pascal Couchepin ont joué un rôle non négligeable dans l'opinion des électeurs. Le président de la Confédération a certes su brillamment occuper le devant de la scène avec sa «bombe»… mais ce sont surtout Christoph Blocher et le président du PDC Philipp Stähelin qui en ont récolté les fruits! Leur taux de crédibilité auprès des électeurs a en effet pris l'ascenseur en raison notamment de leur opposition claire aux arguments impopulaires du ministre de l'Intérieur. En clair, tous les partis – le PS est considéré comme celui qui s'est le mieux profilé sur ce thème – ont su profiter du débat lancé par Pascal Couchepin, sauf le PRD. Ce qui fait dire à Claude Longchamp, directeur de l'Institut GfS à l'origine du baromètre: «Pascal Couchepin est un habile imposeur de thèmes mais un militant inapproprié pour son propre parti.»

Le thème de l'AVS et de la sécurité sociale est ainsi devenu la préoccupation principale des Suisses, reléguant celui relatif au chômage et à la santé économique du pays au deuxième rang. La thématique des assurances maladie et du système de santé se place au troisième rang et celle de l'asile n'occupe plus que la quatrième place. 56% des sondés considèrent le thème de l'AVS comme un débat «important», mais 61% ne sont pas du tout d'accord avec la solution «couchepinienne» d'élever l'âge de la retraite à 67 ans. A la question «Si l'AVS n'est pas garantie en 2015 et que les problèmes de financement persistent, lesquelles de ces quatre mesures accepteriez-vous? (hausse de la TVA; réductions salariales; élévation de l'âge de la retraite jusqu'à 67 ans; coupes dans les rentes AVS)», 35% des sondés se positionnent en faveur d'une hausse de la TVA, 23% pour une baisse de salaire et seulement 14% pour une élévation progressive de l'âge de la retraite. Seule mesure jugée encore plus impopulaire: la baisse des rentes AVS. Ce cinquième baromètre électoral démontre encore que la thématique des retraites est considérée comme prioritaire dans les différentes régions linguistiques du pays ainsi que par les électeurs du PRD, le PDC et le PS. Les électeurs de l'UDC sont en effet les seuls à préférer porter prioritairement leur attention sur les problèmes liés à l'asile.

Rappelons que Pascal Couchepin avait présenté ses vues pour l'assainissement de l'AVS le 26 mai dernier lors de sa traditionnelle sortie avec les journalistes parlementaires sur l'île Saint-Pierre. Il suggère d'élever l'âge de la retraite à 66 ans en 2015 et à 67 en 2025, une hausse de la TVA de 1,8% et la suppression de l'indice mixte qui calque l'adaptation des rentes AVS sur l'évolution des prix et des salaires, mesures âprement combattues par la gauche et les syndicats. Pour s'être le plus opposé à Pascal Couchepin, le PS a justement su bénéficier de ce débat. Sonné par ses échecs du 18 mai sur l'initiative-santé, les initiatives antiatomiques ou celle sur l'apprentissage, le parti a freiné sa chute en empoignant le thème de la défense de l'AVS.

Si la «bombe» lancée par Pascal Couchepin a par contre su renforcer le taux de crédibilité du conseiller national UDC Christoph Blocher – son taux est à 45% – et du président du PDC Philipp Stähelin (29%), la présidente du PRD, Christiane Langenberger, a, elle, au contraire pour la première fois perdu des points. Celle qui reste la plus populaire parmi les dix personnalités soumises aux électeurs est toujours la présidente du PS Christiane Brunner: son taux de crédibilité se porte à 56%. Le prochain baromètre sera à même de montrer si l'actuelle campagne de dénigrement du PS contre Joseph Deiss et sa politique économique sera en sa défaveur ou non.

La bipolarisation du paysage politique suisse est-elle toujours aussi présente mais asymétrique: l'UDC remporte plus de points que le PS, notamment égratigné par les résultats du 18 mai. Cette polarisation nuit surtout au PDC, parti qui peine le plus à mobiliser ses électeurs: certains, inquiets pour leur emploi, trouvent refuge auprès de l'UDC alors que d'autres se tournent plutôt vers le PS. Le transfert de voix du PDC vers le PRD est lui vraiment minime. Pour ce qui est de la capacité d'attirer de nouveaux électeurs, c'est ainsi le PS qui arrive en tête, suivi de l'UDC. Le PRD par contre pèche dans ce domaine.