Le Marché-Concours national de chevaux de Saignelégier, vieux de 103 ans, est l'une de ces belles grandes fêtes terriennes, au programme quasi immuable, qui ravit chaque année des dizaines de milliers d'adeptes du cheval. Lorsque, de surcroît, les réjouissances sont baignées de soleil, elles offrent une féerie à laquelle ont goûté plus de 40 000 spectateurs ce week-end. Parmi eux, le conseiller fédéral Pascal Couchepin, pour qui c'était une première. Il avait repéré les lieux le 6 juillet dernier, lorsque Adolf Ogi avait emmené ses collègues du Conseil fédéral prendre l'apéritif sur l'esplanade de Saignelégier. Le ministre de l'Economie et de l'Agriculture avait alors papoté avec un éleveur des Franches-Montagnes, le député-maire des Pommerats Lucien Dubail, très fier d'informer le conseiller fédéral qu'il élevait des chevaux blancs.

Dimanche, Pascal Couchepin est revenu à Saignelégier, souriant et affable. Portant une casquette frappée du logo du Marché-Concours pour se protéger du soleil, il a signé de bon cœur l'autographe que lui quémandait une jeune admiratrice alémanique. A l'heure des discours, le Valaisan a envoûté l'auditoire, contrastant singulièrement avec Arnold Koller en 1997, dont le propos avait été insipide, ou l'intervention d'Adolf Ogi, en 1998, qui avait amusé la galerie. Pour redonner espoir aux éleveurs de chevaux, désabusés par les effets de la réforme agricole (Le Temps du 6 août 1999), le patron de l'Agriculture est venu les mains pleines aux Franches-Montagnes. «Vos cris d'alarme ont été pris au sérieux», a-t-il déclaré, promettant le versement d'une nouvelle contribution de 400 francs par jument de la race franche-montagne dès 2001, pour compenser notamment le manque à gagner lié à la suppression des mises officielles de chevaux et des primes de garde militaire. Confédération et cantons y participeront chacun à raison de 200 francs.

«Vos cris d'alarme ont été pris au sérieux»

La décision devrait être ratifiée par le Conseil fédéral en octobre. «Cette mesure est un signe très clair d'encouragement à des éleveurs qui ont déjà fait des efforts remarquables pour assumer leurs nouvelles responsabilités», a insisté Pascal Couchepin. Trois mille juments devraient en bénéficier. «Cette prime est une aide appréciée, mais nettement insuffisante pour la sauvegarde à long terme de la race franche-montagne», a commenté le vice-président du Marché-Concours Bernard Varin.

Avant de «faire un geste nécessaire» en faveur des éleveurs, le conseiller fédéral avait plaidé pour la poursuite de la réforme agricole, «sans qu'il soit toutefois question d'en accélérer le rythme». Il a encore réclamé la reprise des négociations de l'OMC. «Certains se sont réjouis de l'échec de Seattle. Mais il ne faut pas se tromper, il doit être corrigé au plus vite», a déclaré Pascal Couchepin.

Des nombreuses allocutions saluant en particulier les liens qui unissent Jurassiens et Valaisans, venus à Saignelégier faire la fête du cheval avec leur folklore, leurs vaches d'Hérens, leurs chèvres «cols noirs» et leurs moutons «nez noir», on retiendra encore l'avertissement du président du gouvernement jurassien à l'égard de l'Assemblée interjurassienne. Pierre Kohler s'est dit «étonné que la réflexion sur la création d'un nouveau canton [du Jura] de six districts puisse être délaissée en cours de route». Il propose à l'AIJ d'«esquisser, parallèlement au projet d'autonomie du Jura bernois, ce que pourrait être un nouveau canton comprenant l'actuel Jura bernois et le canton du Jura», pour comparer et «juger de ce qui est faisable ou non à vues humaines».