Le président de la Confédération a été reçu lundi à Rome en audience privée par le pape Jean Paul II, avant de rencontrer le cardinal Angelo Sodano, secrétaire d'Etat, puis le commandant de la Garde suisse, Elmar Maeder. Après Arnold Koller, Flavio Cotti et Adolf Ogi, Pascal Couchepin est le premier conseiller fédéral radical à être reçu par le Saint-Père. L'entrevue en tête à tête avec Jean Paul II, qui ne paraissait pas au mieux de sa forme, a été relativement brève, tout comme l'audience accordée à l'épouse du président de la Confédération et à la délégation qui l'accompagnait. Pascal Couchepin s'est par contre longuement entretenu avec le cardinal Sodano, dans lequel il a apparemment trouvé un interlocuteur partageant sa propre vision pragmatique de la politique.

Rencontre avec la garde suisse

Les deux hommes ont notamment parlé de la crise irakienne, à propos de laquelle le Vatican estimait qu'il y avait d'autres moyens d'action que l'intervention militaire. Ils ont également évoqué la situation au Proche-Orient et la question du statut de Jérusalem, ainsi que les procédures de règlement des conflits. Le président de la Confédération a enfin rencontré le commandant de la Garde suisse, dont les représentants, en tenue d'apparat, étaient présents à chaque étape protocolaire du circuit conduisant de la Cour Saint-Damas à la bibliothèque privée du pape, où Jean Paul II tenait audience. La Garde suisse fêtera en 2005 cinq siècles de présence à Rome. Il est important, relève son commandant, qu'elle acquière la dimension d'une institution suisse et non uniquement catholique.

S'il n'en a pas parlé avec ses interlocuteurs au Vatican, Pascal Couchepin a par ailleurs fait circuler dans son entourage la question d'une modification du statut diplomatique de la Suisse auprès du Saint-Siège, qui porte encore les traces du Kulturkampf. Les relations avaient en effet été rompues en 1873 lors de la tentative d'ériger Genève en évêché indépendant et l'expulsion de Mgr Mermillod. Elles n'avaient été rétablies qu'en 1920. Si le Vatican était représenté à Berne par le nonce apostolique, la Suisse n'a accrédité un représentant auprès du Saint-Siège qu'en 1991, et encore n'était-ce qu'une demi-mesure. Depuis cette date, c'est le chef de mission à Budapest, Vienne et aujourd'hui Prague qui exerce les fonctions d'ambassadeur en mission spéciale auprès du Vatican. Comme ses prédécesseurs, l'ambassadeur à Prague, Hansrudolf Hoffmann, répond de plus à une condition spécifique pour représenter la Suisse auprès du Saint-Siège, il est protestant.

La Suisse est aujourd'hui le seul pays, avec la Russie et la Palestine, à ne pas avoir de représentant accrédité à part entière. Au postulat (Pini) et à l'interpellation (Scherrer) déposés depuis 1992, le Conseil fédéral avait déclaré qu'il se prononcerait le moment venu pour la suppression de cette anomalie. Les difficultés rencontrées dans l'organisation de sa visite au Vatican, comme la volonté d'améliorer les relations avec une diplomatie vaticane qui dispose d'un réseau unique au monde ont incité Pascal Couchepin à remettre cette proposition sur la table. C'est une question qui doit être rediscutée, a affirmé le président de la Confédération, dans la mesure où c'est compatible avec la paix religieuse en Suisse.

Ce n'est probablement pas sans malice que le radical valaisan caresse l'ambition d'être à l'origine d'une normalisation définitive des relations avec le Saint-Siège et qu'il transmet la proposition à une Genevoise. C'est en effet au Département des affaires étrangères de Micheline Calmy-Rey de mettre en œuvre une réforme qui n'est peut-être pas si anodine qu'elle en a l'air. On se souvient que l'abrogation de l'article sur les évêchés, qui paraissait aller de soi, a encore soulevé quelque émotion lorsqu'elle fut soumise au peuple en juin 2001. L'affaire nécessitera pour le moins une large consultation des cantons et de tous les milieux concernés.