Il lance sans ambages: «Je suis aligné sur les valeurs de Gilles Marchand, qui sont celles du service public». Pascal Crittin succédera à l’actuel patron de la RTS dans un mois, et ce musicologue de formation compte jouer la partition composée par le chef. Lequel va gagner Berne dès octobre, pour prendre la tête de la maison mère, la SSR.

Pascal Crittin évoque une différence de personnalités, il dit «vouloir prendre des risques», notamment dans la convergence rapide des médias: «Je veux concentrer la RTS sur l’approche transmédia, basée sur les nouveaux médias, le web, les réseaux sociaux, les nouvelles technologies, mais bien sûr, en valorisant les médias historiques de la TV et la radio, en maintenant la qualité journalistique nécessaire à la survie des médias romands. Dans dix-quinze ans, il ne faut pas se faire d’illusion, la frontière entre la radio, la TV et les autres médias sera estompée.»

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Pas de bouleversement

Voici une partie du programme de celui qui va dominer l’audiovisuel romand. L’annonce de sa nomination n’a pas bouleversé le microcosme médiatique local, tant son nom a circulé à la seconde où l’annonce de la mutation de Gilles Marchand a circulé. Le même petit monde s’est affolé avec quelques noms exotiques – la cheffe de la communication de l’EPFL Madeleine Von Holzen, le patron de Présence Suisse Nicolas Bideau –, puis il s’est assoupi en entendant d’autres noms internes, le rédacteur en chef Bernard Rappaz, le chef des sports Massimo Lorenzi… Le comité de la RTSR, organe présidé par l’ancien conseiller d’État jurassien Jean-François Roth qui désigne le gagnant avant de le faire nommer par le conseil des la SSR, a retenu 20 noms, puis six – selon nos sources, autant d’externes que d’internes.

Rien y fait, l’enfant prodigue, et discret, s’imposait envers contre tous. Pascal Crittin a enseigné la musique, dirigé les éditions Saint-Augustin, avant de gagner ce qui était la RSR, comme chef des programme d’Espace 2. Il dépense une belle énergie, à ce moment-là, à la défense d’une chaîne déjà critiquée pour son audience de poche. Ensuite, il est happé dans l’équipe des proches de Gilles Marchand, avec notamment Pierre-François Chaton pour l’actualité ou Thierry Zweifel – donné papable, lui aussi – à la programmation. Dès lors, le Valaisan mélomane est devenu homme de l’ombre, d’abord secrétaire général, puis directeur des affaires générales. Jusqu’à ce jour, 15 ans dans la maison, avec une loyauté reconnue à l’égard du patron.

La toile de fond du «grand débat politique»

Le comité de la RTSR n’a pas voulu refaire le coup d’il y a 16 ans, lorsqu’il avait secoué la vénérable radio-TV en faisant venir Gilles Marchand de Ringier. A propos de Pascal Crittin, il a justifié son choix par un argumentaire riche en jargon cristallin, «compétences sociales et managériales» et «sens de l’équilibre éprouvé entre l’analyse stratégique et l’engagement opérationnel» etc. Surtout, il a signalé que la fine connaissance de la maison permet à Pascal Crittin d’être immédiatement opérationnel, «alors que l’audiovisuel public suisse est au cœur d’un grand débat politique».

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Politique, le mot est lâché. Energique et posé, ce gendre idéal devra mener la barque dans la pire période, sur le plan politique – et peut-être économique – de l’histoire de la RTS. De même que Gilles Marchand, au sommet de la holding, qui bataillera contre l’initiative No Billag, probablement en votation populaire l’année prochaine. Dans l’agitation générale, les sages présidées par Jean-François Roth ont manifestement fait le choix de la continuité, car il y aura déjà assez à faire sur la scène politique.

Il conduit la marche vers le campus

Pascal Crittin a épousé l’entreprise au point d’avoir conduit de près la mue, en 2010, de la RSR et la TSR en RTS. Aujourd’hui, il est en sus chef de projet pour l’installation sur le campus lausannois, que la SSR devrait valider début 2018. Il souligne l’importance de ce déménagement, qui verra la radio quitter le bâtiment historique de la Sallaz : c’est un mouvement fort vers l’innovation qu’il met en avant, plaide-t-il. Sa nomination à la tête de l’ensemble devrait permettre de conduire la démarche à terme sans trop de roulis.

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En sus, suivant une ligne donnée naguère par Roger de Weck à la SSR depuis Berne, Pascal Crittin prône l’alliance des médias, même publics et privés – cette fois à l’échelle romande. Une nécessité, estime-t-il, en temps de difficultés du secteur: «La place de la Suisse romande doit être défendue dans le paysage médiatique. Le bassin et le marché sont si petits...» Il se dit ainsi disposé à offrir des contenus aux autres médias de la région. Main tendue par un nouveau directeur puisé par évidence dans le sérail, chargé, avant tout, de rassurer.

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