En invitant Pascal Gentinetta, il y a un mois, à songer à démissionner de son poste de directeur d’economiesuisse, l’ancien procureur tessinois et président du comité de soutien à l’initiative Minder, Paolo Bernasconi, avait-il vu juste? Le triomphe de Thomas Minder repose cruellement la question, tant la stratégie de l’organisation est décriée.

Au lendemain de la défaite, l’intéressé reste confiant: «Aucune démission n’est à l’ordre du jour. Notre président Rudolf Wehrli a été très clair sur cette question, il maintient sa confiance en l’équipe qui a mené la campagne.» Et d’assurer que la défaite serait analysée à tête reposée.

Pourtant, les critiques fusent à droite. «Economiesuisse a fait tout faux!» tonne un élu PLR. «D’abord, ils ont torpillé le contre-projet direct, sous prétexte de ne pas faire le jeu de Minder. Ensuite, Pascal Gentinetta et la directrice romande, Cristina Gaggini, sont partis bille en tête contre l’initiative dans les médias, sans vraiment soutenir le contre-projet. Enfin, ils ont dépensé des millions pour une campagne catastrophique, offrant à Thomas Minder un statut de héros. Et voilà qu’ils lancent un sondage pour savoir s’ils sont populaires… C’est n’importe quoi!»

Pour cet élu, «Pascal Gentinetta n’a jamais été un leader charismatique. L’équipe d’economiesuisse a un problème. La gauche les déteste, parce qu’ils incarnent l’économie, les PME ne les aiment pas, parce qu’ils défendent avant tout les grandes sociétés, et les grands patrons les considèrent comme des apparatchiks…»

A mots couverts, certains s’interrogent sur la trajectoire de Pascal Gentinetta. De brillantes études économiques, une belle carrière à l’Administration fédérale des finances, mais une expérience ténue dans le privé. Le Valaisan est-il assez proche des préoccupations des entreprises?

Cette critique fait écho à la récente attaque de Nick Hayek. La semaine passée, le patron de Swatch Group s’est énervé: «Nous avons besoin de représentants crédibles et non de fonctionnaires d’un lobby», déclarait-il à 20 Minuten Online. «Au contraire, notre compromis dans le dossier Swissness satisfait aussi bien aux demandes des PME exportatrices des chambres de commerce qu’aux spécificités du secteur horloger, répond Pascal Gentinetta. La critique selon laquelle nous serions déconnectés du terrain est ici infondée.»

«On ne peut pas réduire le problème à un seul homme, tempère le président du PDC, Christophe Darbellay. Mais economiesuisse doit se remettre en question. Ils sont obnubilés par des intérêts immédiats. Sur les questions liées aux salaires, ils manquent de crédibilité. On aimerait les entendre sur la politique familiale ou sur l’immigration.»

Plutôt que d’accabler Pascal Gentinetta, un élu du camp bourgeois identifie, toujours de manière anonyme, un autre problème: «Je crois qu’il y a plutôt un souci avec le pré­sident d’economiesuisse, Rudolf ­Wehrli, qu’avec Pascal Gentinetta. Rudolf Wehrli n’a jamais fait de politique, il n’a aucune expérience. Quand il s’agit de faire campagne, c’est pour le moins problématique…»