Pascal Lobsiger n'est peut-être pas un penseur néonazi, mais un agitateur, il l'est sans aucun doute. Agé de 26 ans, il a été vu parmi la centaine de skinheads venus perturber l'allocution du conseiller fédéral Kaspar Villiger, le 1er Août sur la prairie du Grütli. Il aurait même été leur meneur. Le jeune homme pouvait difficilement passer inaperçu. Il est connu de la justice et des observateurs des mouvements d'extrême droite. C'est sa célébrité relative et non pas l'action de la police uranaise qui a permis son identification. Les forces de l'ordre, en effet, n'ont pas cherché à identifier les manifestants. Elles les ont filmés mais la bande a été effacée le lendemain, par souci d'économies.

Engagement précoce

Monteur d'installations de chauffage, Pascal Lobsiger a commencé tôt à militer dans la mouvance néonazie. Au milieu des années 1990, il crée ensuite la Hammerskins-Aufbauorganisation (SHS-AO), qui prépare la relève des Hammerskins, structure dominante en Suisse, à laquelle se rattachent les groupuscules skinheads *. Pascal Lobsiger est raciste et, comme il le dit sous un pseudonyme au nom de ses camarades au magazine Beobachter en 1993, «nous chions sur les niaiseries multiculturelles et gauchistes».

Les gauchistes sont l'une des cibles favorites des bandes néonazies. Avec ses amis Hammerskins il participe à une manifestation contre l'Europe organisée par Christoph Blocher, le 23 septembre 1995 à Zurich. Les SHS lancent des pavés en direction des contre-manifestants de gauche. C'est une action plus grave qui vaudra 12 mois de prison ferme à Pascal Lobsiger et à l'un de ses coreligionnaires. Le 4 novembre, jour de son 21e anniversaire, il mène une action commando contre les participants du Festival de l'amitié entre les peuples, qui se tient à Hochdorf (LU). Les néonazis frappent à coups de poing et de battes de baseball, blessant des festivaliers.

Que fait Pascal Lobsiger aujourd'hui? Où habite-t-il? Il est inconnu des renseignements téléphoniques. Même le journaliste et historien Hans Stutz, spécialiste de la scène suisse néonazie, dit ignorer où il se trouve. La Police fédérale le sait sûrement, mais son chef adjoint, Jürg Bühler, répond qu'il n'est pas autorisé à fournir des informations de cette nature. Pascal Lobsiger serait en train de constituer une nouvelle organisation néonazie, a-t-on appris de source officieuse.

Le coup d'éclat du 1er Août au Grütli interroge la justice. Si le droit suisse n'autorise pas la police à disperser une manifestation de ce type – un chahut, néonazi, mais un chahut seulement –, la question d'une poursuite pénale se pose, elle. Les manifestants, bras tendus, brandissaient trois doigts. Outre le symbole de l'union des trois Suisses en 1291, ces trois doigts sont la parade imaginée à la fin des années 1970 par un néonazi allemand, Michael Kühnen, afin de contourner l'interdiction prononcée alors en Allemagne de tout signe ou symbole nazi. Trois doigts brandis font-ils un coupable en regard de la loi combattant le racisme? Les orthodoxes serbes, après tout, brandissent eux aussi le pouce, l'index et le majeur, et sans nulle sympathie avec le nazisme. «C'est l'intention qui compte, autrement dit l'interprétation qu'on fait d'un tel geste, estime le professeur de droit Marcel Niggli. Or, dans le contexte du Grütli, ce salut peut être interprété comme une action de propagande raciste et, de ce fait, déclencher une poursuite pénale contre leurs auteurs.»

Marcel Niggli regrette que la police uranaise n'ait pas jugé utile de contrôler l'identité des néonazis présents au Grütli. «Cette passivité peut être lue comme un encouragement à suivre l'exemple des naziskins», dit-il. Hans Stutz appelle de son côté à «une prise de conscience politique bien plus large du danger de la mouvance naziskin», qui, selon lui, compte 1000 membres en Suisse.

* Les renseignements biographiques concernant Pascal Lobsiger sont tirés du livre de Peter Niggli et Jürg Frischknecht, «Rechte Seilschaften», WoZ im Rotpunktverlag, 1998.