Sur la brèche depuis plus de quinze ans pour défendre les réfugiés, Lisa Bosia Mirra, 44 ans, députée socialiste au Grand Conseil tessinois, vient de rejoindre la Marche pour Alep, un itinéraire de 4000 km entre Berlin et la ville syrienne en guerre. Elle est partie jeudi pour la Bosnie, où elle retrouvera le reste des marcheurs. «Pour aller au-devant des migrants.»

«Au total 4000 personnes y ont déjà pris part, a expliqué la militante au Temps juste avant son départ, quelques-unes pendant quelques jours, d’autres sur de plus longues distances. Actuellement une quarantaine de marcheurs de plusieurs nationalités sont en train de traverser les Balkans, non sans se heurter à des difficultés administratives.» Ces derniers temps, elle s’est préparée physiquement pour la dure marche qui l’attend des Balkans à la Grèce. «J’espère arriver jusqu’à Salonique, un parcours d’environ 900 km», nous dit cette femme mariée et mère d’un fils de 20 ans.

Jusqu’en mai dernier, Lisa Bosia, licenciée en éducation socio-culturelle de l’Université de la Suisse italienne (USI), s’occupait de l’accueil des requérants d’asile pour l’Entraide ouvrière. «Je me suis donnée à ce travail coeur et âme pendant quinze ans, me consacrant surtout ces dernières années à l’aide aux réfugiés syriens. Des divergences de vue avec la direction ont mis un terme à mon rapport de travail.»

L’été 2016, alors qu’elle venait d’être élue au Parlement tessinois, a marqué un tournant dans sa vie. Présidente de l’association d’entraide Firdaus, elle a vécu un mois d’août trépidant parmi des centaines de jeunes migrants, pour la plupart africains, refoulés à la frontière suisse et bloqués à Côme. Cet engagement volontaire a pris fin lorsque Caritas Italie s’est chargée de l’assistance aux réfugiés.

Accusée d’aide à l’entrée illégale

En septembre, Lisa Bosia a été interpellée sur territoire suisse par une patrouille de police qui surveillait «la frontière verte.» Au volant de sa voiture, la députée socialiste ouvrait la route à une camionnette chargée de mineurs non accompagnés qu’un groupe d’assistance alémanique aidait à rejoindre de la parenté en Suisse allemande. Accusée d’aide à l’entrée illégale, Lisa Bosia est en attente de la décision du Ministère public de Lugano qui devrait tomber d’un jour à l’autre. «Mon avocat a tablé sur le côté humanitaire de mon action et nous espérons donc l’indulgence de la procureure», dit-elle.

Son dévouement à la cause des migrants de Côme a valu à Lisa Bosia le Prix des Alpes 2017, qui lui a été remis le 22 février par le «Cercle d’amis de l’Abbé Koch», du nom de l’un des premiers défenseurs des réfugiés en Suisse, décédé en 2001. La Tessinoise partage cette distinction de 12 000 francs avec le prêtre italien Don Giusto Della Valle, curé d’une paroisse de la banlieue de Côme qui accueille quotidiennement des flux de réfugiés refoulés par les garde-frontière suisses. «La Suisse devrait et pourrait faire davantage», a dit le religieux italien en recevant son prix. Fin février, après le décès tragique d’un Malien de 20 ans électrocuté sur le toit d’un train entre Côme et Chiasso, Don Giusto a demandé l’ouverture de couloirs humanitaires.