Chaque été, les routes de Haute-Savoie sont surchargées de caravanes. Celles des touristes sont plutôt les bienvenues, celles des gens du voyage nettement moins bien accueillies. Le département, riche et dynamique avec ses foires et ses marchés, attire les commerçants et les artisans ambulants. La Suisse, toute proche, draine les rempailleurs et récupérateurs de métaux. Par ailleurs, la saison estivale est celle des grands rassemblements évangéliques, ponctués à la mi-août par la convention de Chaumont (Haute-Marne) où 2000 caravanes affluent.

Avec ses 800 places d’accueil et ses 15 aires pour petits groupes, la Haute-Savoie ne peut absorber tout le transit des nomades. Conséquence: les occupations illicites de terrains se multiplient et sont à l’origine de vives tensions avec les riverains. Début juillet, à Sillingy, près d’Annecy, 200 caravanes ont envahi un champ. Agriculteurs et habitants ont dénoncé des branchements illégaux sur leurs réseaux «et des appareils électriques qui grillent à cause des surtensions», rapporte le Dauphiné Libéré. En réponse, les éleveurs ont déchargé du lisier et du fumier au centre d’Annecy «pour dénoncer l’inertie des pouvoirs publics».

A Bons-en-Chablais, c’est le terrain de football qui s’est mué en vaste terrain de camping. Une quarantaine d’élus ont alors bloqué avec leurs véhicules les accès au stade pour empêcher d’autres arrivées. C’est désormais le stationnement de 70 caravanes à Allonzier-la-Caille (à 25 kilomètres de Genève) qui pose problème. Les 200 personnes originaires pour la plupart de Marseille stationnent dans un champ après avoir été refoulées des bords du lac d’Annecy. Elles souhaitent y demeurer une quinzaine de jours.

La Communauté de communes du Pays de Cruseilles (CCPC) a demandé leur expulsion mais la procédure a été cassée car le groupe a négocié le paiement d’un loyer avec le propriétaire du terrain. «Mais les branchements sur les réseaux électriques constituent une effraction. On a aussi installé un compteur d’eau sans guère d’illusion, l’an passé, dans une autre commune. Ils ont payé 200 euros en consommation alors que la facture s’élevait à 1200 euros», indique Vincent Labourey, directeur général des Services de la CCPC. Il poursuit: «Des aires autorisées existent mais les y diriger est vain. Ces gens nous disent ne pas avoir d’ordre à recevoir, ils s’installent où ils le veulent au nom de leur mode de vie nomade.»

Sur place, le pasteur Jessy, porte-parole de la mission évangélique, confirme, document à l’appui, le versement de 2000 euros au cultivateur. «Cela se passe le plus souvent ainsi mais les propriétaires ne le crient pas sur les toits parce qu’ils sont accusés par les habitants d’attirer les voleurs de poule que sous sommes», ironise-t-il. Le pasteur montre une benne «amenée par la mairie» et assure que chaque famille paie deux euros par jour en frais d’électricité. «Mais le maire, lui aussi, ne s’en vante pas, parce que ce n’est pas populaire de faire commerce avec nous.»

Le campement boueux à cause des averses est propre. Aucun papier ni déchet ne traîne. «Nous ne sommes pas des Roms qui montent des murs avec leurs poubelles», lance un campeur. Gilles Pecci, le maire d’Allonzier, va de son côté porter plainte contre l’exploitant «qui, en percevant de l’argent, fait du camping illégal».

Il nie que sa commune facture à la journée les consommations d’électricité. «Je vais porter plainte aussi pour connexion illégale sur notre réseau et pour vol d’eau. L’an passé ces gens m’ont donné 50 euros alors que le coût total s’est monté à 3500 euros.» Dépité, le maire ne s’est même pas donné la peine d’aller rencontrer les caravaniers: «Ça ne sert à rien. On leur dit qu’à Frangy une aire autorisée existe, mais ils la trouvent impropre. Ils font ce qu’ils veulent où ils veulent.»