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La passion de l’histoire en transmission intégrale

Justin Favrod, journaliste et historien, lance «Passé simple».Un mensuel qui se donne pour but d’amener la recherche historique romande à la portée de tous. Rencontre

La passion de l’histoire en transmission intégrale

Médias Justin Favrod, journaliste et historien, lance «Passé simple»

Un mensuel qui se donne pour but d’amener la recherche historique romande à la portée de tous. Rencontre

C’est un pari risqué, voire osé, mais totalement assumé: «Je suis à la fois historien et journaliste: j’ai voulu concilier mes deux passions. Et puis, je suis atterré par le rejet du papier qu’expriment certains groupes de presse: ce n’est pas être un vieux schnock que de dire qu’on lit et qu’on écrit différemment sur écran ou sur papier.» Résumons: Justin Favrod fait mettre sous presse ces jours-ci le numéro de lancement de Passé simple, «mensuel romand d’histoire et d’archéologie», précise son sous-titre, «indisponible dans le monde virtuel», se réjouit déjà le rédacteur en chef dans son premier édito.

Courage? Inconscience? Peut-être, mais Justin Favrod a une claire connaissance des chiffres: «Je vivrai sur mes économies pendant un an. Je salarie de manière trop dérisoire l’équipe – les personnes très motivées et compétentes qui s’occupent des abonnements, de la mise en pages, de l’iconographie… Et j’aimerais aussi mieux payer ceux qui font des piges… J’ai besoin de 1200 abonnements pour autofinancer le projet, il m’en faudrait 3000 pour en vivre correctement.» Quelques jours après le début de la campagne de lancement, 400 amateurs d’histoire avaient déjà rempli leur bulletin de versement.

Si tout journal nécessite des lecteurs, encore faut-il qu’il ait des rédacteurs. Justin Favrod n’a pas eu grand-peine à recruter des plumes – parmi lesquelles on trouve quelques amateurs éclairés, les autres étant majoritairement issues des cercles universitaires et des équipes scientifiques de différents musées: «Ils ont un vrai désir d’exister dans la cité, ce qui fait qu’ils ont répondu présent dans la seconde.»

Il faut avouer que le projet – une première romande – est engageant: Passé simple se veut un médium de vulgarisation dans le sens le plus noble du terme: «Bien vulgariser, explique Justin Favrod, c’est tout d’abord être fidèle à l’état de la recherche, ne pas renâcler face à l’érudition. Ensuite, c’est savoir raconter de bonnes histoires avec des termes clairs, ne pas mépriser les anecdotes. C’est enfin éviter toute posture pédante, on n’est pas là pour dire aux lecteurs: «Je vais vous expliquer la vie.»

La structure de Passé simple colle à ce credo: on y trouvera chaque mois un grand dossier (que ce premier numéro consacre à Adélaïde de Bourgogne, impératrice du Saint-Empire à l’extrême fin du Xe siècle, et dont on a tendance à oublier qu’elle naquit très probablement à Orbe), une série d’éclairages diversifiés (de la toponymie ajoulote aux tentatives d’annexion du nord de la Haute-Savoie par le Genevois John Perrier en 1860), un cossu agenda d’expositions, publications et conférences, et enfin une proposition de balade historique – en l’occurrence autour de Payerne, en quête de vestiges de toutes époques. Le tout dans une maquette aérée, très richement fournie en photographies et en infographies. On notera que les prochains numéros promettent des dossiers tout autant alléchants – sur la fusillade de Genève en 1932 ou sur l’origine «sarrasine» des Valaisans.

La passion historique – et celle de la transmission – émane en geyser de Justin Favrod. Son parcours («chaotique», avoue-t-il) en témoigne amplement: après une thèse soutenue à l’Université de Lausanne et consacrée à l’histoire du royaume burgonde, il entre comme stagiaire à la Radio romande («On ne m’y a gardé qu’une année, ma voix ne passait pas à l’antenne, paraît-il»). Il passe ensuite à la Gazette de Lausanne et Journal de Genève puis à La Liberté avant de se mettre pendant neuf ans au service du patron des Finances vaudoises, Pascal Broulis, en tant que collaborateur personnel. Départ ensuite pour 24 heures, jusqu’au lancement de Passé simple.

Si une passion peut emprunter des chemins plus ou moins détournés, elle a également toujours la caractéristique de naître sur un terreau identifiable. Celui de Justin Favrod s’incarne en son grand-père: «Il avait 18 ans en 1900, c’était un homme du XIXe siècle. Un jour, il m’a dit que tout honnête homme devait avoir lu l’œuvre de Plutarque. Ce que j’ai fait. Je n’en suis pas devenu un honnête homme, mais cette lecture m’a rendu complètement accro à l’histoire.»

En parlant de Plutarque, celui-ci disait, dans ses Œuvres morales: «Il est […] dans l’histoire, tant de traits intéressants qui peuvent fournir les sujets de conversation les plus utiles, dont l’objet, loin déporter à l’aigreur, est propre, suivant l’expression d’Homère, à adoucir les esprits.» Trouver la concorde en passant par la mémoire, c’est tout le mal qu’on souhaite à Passé simple.

www.passesimple.ch

«Bien vulgariser, c’est d’abord être fidèle à l’état de la recherche»

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