Justice

La passionaria des migrants condamnée à Bellinzone

Tout en reconnaissant les valeurs humanistes de Lisa Bosia Mirra, le Tribunal de Bellinzone a confirmé la peine pécuniaire pour infraction à la loi fédérale sur les étrangers. L’élue a fait passer clandestinement 24 migrants en Suisse

La députée socialiste tessinoise Lisa Bosia Mirra a été reconnue coupable jeudi d'«incitation répétée à l’entrée, à la sortie et au séjour illégaux» devant le Tribunal de première instance de Bellinzone, pour avoir aidé des migrants à franchir la frontière entre l’Italie et la Suisse. Elle est condamnée à une peine pécuniaire de 8800 francs avec sursis de deux ans et contrainte de payer une amende de 1000 francs. Tout en reconnaissant les valeurs humanistes de l’accusée, son travail et la souffrance des migrants, le juge Siro Quadri a confirmé le décret d’accusation et la peine prononcés le 12 avril par la procureure publique Margherita Lanzillo pour infraction à la loi fédérale sur les étrangers.

Arrêtée dans le sud du Tessin

Pour mémoire, le 1er septembre 2016, la députée socialiste avait été arrêtée à San Pietro di Stabio, dans le sud du Tessin, près de la frontière avec l’Italie. Elle faisait alors office d’éclaireuse pour une camionnette conduite par un quinquagénaire bernois transportant clandestinement en Suisse quatre Erythréens, dont trois mineurs.

Après une enquête pénale, un décret d’accusation reprochait à la Tessinoise de 45 ans d’avoir aidé de diverses façons, à neuf occasions, 24 Erythréens et Syriens, essentiellement des mineurs non accompagnés, à entrer en Suisse depuis Côme et à en sortir clandestinement, entre le 18 août et le 1er septembre 2016. L’élue, qui a reçu le prix pour les droits humains «Alpes ouvertes» 2017 pour son aide aux réfugiés, a fait recours contre l’accusation.

Recours possible

A l’issue du procès hier, Lisa Bosia Mirra n’a pas exclu de faire appel dans les jours à venir, quitte à aller jusqu’à la Cour européenne des droits de l’homme: «Je dois encore lire les motivations du juge et voir si je peux accepter sa décision.» En revanche, elle ne compte pas démissionner de son siège au parlement cantonal pour l’instant. Plusieurs ONG et organismes gouvernementaux dénoncent les conditions auxquelles sont confrontés les migrants, a-t-elle souligné: «La situation actuelle requiert des réponses différentes de celles d’il y a dix, vingt ou trente ans. Si mon histoire personnelle peut contribuer à améliorer la situation, tant mieux.»

Au vu de l’affluence, son procès a dû se tenir au Tribunal fédéral pénal de Bellinzone, le 20 septembre dernier. Tant les sièges réservés au public que la salle de presse étaient pleins. Devant la cour, la Tessinoise a reconnu tous les faits qui lui étaient imputés. Son avocat, Pascal Delprete, a cependant réclamé l’acquittement, invoquant les motifs humanitaires qui l’ont poussée à agir. La majorité des 24 personnes aidées étaient des mineurs non accompagnés dans des situations de grande vulnérabilité. Ils souhaitaient se rendre en Allemagne et avaient été reconduits en Italie par les gardes-frontière suisses, a-t-il rappelé. «Des mineurs, dont certains possédaient la preuve qu’ils avaient des parents en Suisse, ont été refoulés sans pouvoir déposer une demande d’asile, au mépris du droit humanitaire.»

Ne rien faire m’aurait coûté davantage que ce que je paie actuellement

Lisa Bosia Mirra

La procureure publique a quant à elle réclamé la confirmation de l’accusation, précisant que celle-ci tenait compte des considérations humanitaires qui ont incité Lisa Bosia Mirra à violer la loi. «Il ne s’agit pas ici d’un procès politique, mais pénal», a-t-elle martelé, ajoutant que l’accusée n’avait pas aidé les migrants. «Sans avoir la certitude qu’ils arrivent à bon port, elle leur a fait courir des risques.»

Lors de l’interrogatoire mené par le juge Siro Quadri le 20 septembre, la prévenue est revenue sur le contexte de l’été 2016 où quelque 500 Africains sans documents, refoulés à la douane suisse, dormaient à la belle étoile, devant la gare de Côme San Giovanni, à 3 kilomètres de la frontière suisse. «Ne rien faire m’aurait coûté davantage que ce que je paie actuellement», a-t-elle déclaré.

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