Le ciel est tombé sur la tête de la communauté catholique Notre-Dame de Vevey, secouée par le départ simultané et prématuré de deux de ses ministres. Depuis dix ans dans la paroisse, curé en titre, le premier est officiellement démissionnaire. Ce quadragénaire s'en va alors que la justice doit se prononcer sur une plainte déposée contre lui par un homme, âgé de 15 ans au moment des faits, avec lequel il aurait eu une relation en 1984 à Fribourg avant ses années de prêtrise.

Abbé auxiliaire depuis quinze ans, le second est licencié. René Blöchlinger se voit reprocher par l'évêque du diocèse Mgr Genoud «une situation incompatible avec l'exercice du ministère» et des «fautes professionnelles graves». En clair, ce prêtre de 59 ans vit avec une femme et il a rendu publics les démêlés judiciaires de son collègue.

Dans cette affaire, l'église qui croit sans cesse y échapper est rattrapée par la persistance des passions humaines. Tout commence un lundi de février, lorsque les gendarmes arrêtent le curé de Notre-Dame. «Cela a été un coup de tonnerre, témoigne la présidente du Conseil de paroisse, Danièle Kaeser, d'autant qu'il n'a jamais encouru le moindre reproche durant son travail à Vevey.» C'est ainsi «dans la stupéfaction et la douleur» que l'équipe pastorale prépare un texte, à lire en chaire le dimanche suivant, pour annoncer «l'arrestation pour atteinte à l'intégrité sexuelle». Communiqué qui ne sera jamais lu. Le vendredi le curé est libéré, s'explique, dit son espoir d'un non-lieu auquel croit toujours très fort son avocat. Anciens, peut-être prescrits, les faits semblent relever d'un égarement. Les responsables paroissiaux pardonnent. Suspendu jusqu'à ce que lumière soit faite, dépressif, le prêtre sera pour ses ouailles «en congé maladie».

Le communiqué circule pourtant. D'abord dans des familles, puis dans plusieurs rédactions auquel il est transmis anonymement. Interrogée, la justice se tait obstinément. Le porte-parole du diocèse Jean-Charles Zuffrey se récrie de son côté que la rumeur, expliquée, «vaudrait condamnation», s'emporte contre «la malveillance» de sa diffusion, brandit la diffamation. Nageant dans le doute, les journaux n'écrivent rien.

Mercredi soir enfin, l'Eglise communique une lénifiante «réorganisation à Notre-Dame». La démission du curé de la paroisse est annoncée sans motif explicite, la «rupture de confiance» avec l'abbé René Blöchlinger est par contre précisée.

Ce dernier admet aisément être le «corbeau» qui a fait circuler le communiqué mort-né de février: «J'ai pensé qu'il fallait prévenir des amis», dit-il pour justifier son geste. Peu amène pour son collègue qui était nettement plus populaire que lui dans la paroisse, il n'est pas plus tendre avec sa hiérarchie: «J'ai appris par les journalistes que j'étais viré. J'attends toujours ma lettre de licenciement.» Sa liaison depuis plus d'un an avec une femme divorcée? «Je ne l'affichais pas, mais je ne mentais pas non plus. Pour les gens, c'est peut-être là le scandale.» Atypique, séminariste puis enseignant avant de se décider pour la prêtrise, peintre à ses heures, René Blöchlinger se dit «rebelle à l'autorité». Il affirme «n'en avoir pas fini» avec l'Eglise a laquelle il a entrepris de réclamer par voie de justice des arriérés d'AVS et de prévoyance professionnelle.

Au final, en réservant l'avis de la justice, toute l'histoire semble bien triviale. Faiblesses, jalousies, rivalités, vengeance… La question qui demeure sans réponse est de savoir pourquoi l'Eglise catholique n'a pas choisi une humilité transparente pour la dire, alors qu'elle alimente les messes basses de toute une communauté.