Premier des partis non gouvernementaux avec dix élus fédéraux (le chrétien-social Hugo Fasel inclus), les Verts ont défini samedi leur programme politique en vue des élections de cet automne. Ils partiront au combat armés du slogan «Ecologiquement conséquents, socialement engagés, globalement solidaires». Ils espèrent profiter de la polarisation du système politique et glaner trois à quatre sièges de plus. Interview de leur coprésident romand, le Genevois Patrice Mugny.

Le Temps: Vous avez déclaré samedi: «Si les Verts n'existaient pas, il faudrait les inventer.» Pourquoi?

Patrice Mugny: Depuis vingt ans que notre parti existe, l'environnement a été intégré par toutes les autres formations politiques. Mais cette préoccupation est aujourd'hui en nette régression. La loi sur le génie génétique a été laminée. Le contre-projet à l'initiative «Avanti» va plus loin que l'initiative elle-même. Le nucléaire fait un retour en force. Le budget des routes explose, celui du rail diminue. Les autres partis estiment qu'ils en ont fait assez.

– A quoi attribuez-vous cette régression?

– Je crois qu'ils ne se sont jamais vraiment intéressés à l'environnement. Mais ils n'ont pu rester indifférents à des catastrophes comme celle de Tchernobyl. Cela nous a permis de faire passer le moratoire nucléaire. Aujourd'hui, il faut réagir. Les glaciers reculent, le niveau de la neige remonte, les transports produisent l'essentiel des gaz polluants. On se préoccupe des dettes financières, mais pas des dettes écologiques.

– Votre programme soutient néanmoins la mobilité. Quelle mobilité voulez-vous pour quelle société?

– Pour les distances inférieures à 1000 kilomètres, le rail fait très bien l'affaire. Il n'est pas épouvantable d'aller à Rome ou à Amsterdam en train plutôt qu'en prenant un vol bon marché. Il faut aussi apprendre à manger des tomates suisses plutôt qu'importées d'Espagne. D'ailleurs, 60 à 70% des transports en camion ne servent à rien. Et je pense qu'il faudrait élever le prix de l'essence à 5 francs par litre. On pourrait faire des exceptions pour les régions périphériques mal desservies, par exemple sous la forme de contingents de carburant meilleur marché. On pourrait faire de même pour les déplacements en avion. Mais il ne sert à rien de rendre attractives des vacances en Tunisie ou à Tahiti. Ces endroits ne sont pas plus reposants que le Valais ou le sud de la France.

– Vous ne partez jamais en vacances en avion?

– Je l'ai fait quand j'étais jeune, mais, aujourd'hui, je m'efforce d'aller partout en train. J'ai pris l'avion l'an dernier pour aller au Forum social de Porto Alegre et j'ai fait, à mes frais, un voyage professionnel en Israël. Je n'ai fait qu'une exception à titre privé pour aller montrer New York à ma fille.

– Sur le plan social, votre leitmotiv est l'égalité entre hommes et femmes. Quelle égalité prônez-vous par exemple pour la retraite?

– En voulant relever l'âge de la retraite, on prend le problème par le mauvais bout. Nous sommes dans une situation absurde. On veut faire travailler les gens plus longtemps alors qu'on licencie et supprime des emplois et que le nombre de chômeurs et de rentiers AI augmente. Il faut partager le temps de travail. On pourrait à la rigueur accepter l'idée d'une retraite à 70 ans pour des métiers pas trop pénibles physiquement si des congés sabbatiques sont octroyés quatre, cinq ou six fois pendant la vie active.

– Quelles recettes proposez-vous pour financer l'AVS et l'assurance maladie?

– La santé absorbe 10% de notre richesse nationale et, avec cela, on finance des soins de qualité. Cela ne me paraît pas cher. Reste à savoir qui paie. Les collectivités publiques doivent se réengager davantage dans le financement de la santé. Pour le reste, je considère qu'on peut financer par l'impôt la part des coûts de la santé engendrée par le vieillissement et effectuer des prélèvements supplémentaires sur les gros revenus.

– Vous demandez davantage d'argent pour l'environnement et pour le social. Mais comme les moyens des pouvoirs publics diminuent, ne mettez-vous pas ces deux objectifs en concurrence?

– Non, car je pense qu'on doit retirer de l'argent ailleurs, par exemple les routes et l'armée. Si l'on avait renoncé au dernier programme d'achat de tanks, on aurait eu assez d'argent pour financer pendant vingt ans ce que nous demandons pour l'environnement.

– Vous espérez gagner trois à quatre sièges aux élections. Où comptez-vous les conquérir?

– Notre premier objectif est de maintenir les dix sièges que nous avons, ce qui me paraît possible. Et nous pouvons en obtenir un de plus dans le canton de Vaud, à Zurich et à Berne.