Avant, il n'y avait que les Sept Merveilles du monde. Aujourd'hui, les places sont devenues chères sur la liste de l'Unesco des objets appartenant au patrimoine mondial. Pour que son label ne devienne pas encore plus démesuré, l'Unesco se montre désormais plus exigeante. Surtout envers l'Europe, qui est nettement surreprésentée dans les quelque 800 sites mondialement reconnus. Les Glaronais l'ont bien compris. Le comité qui soutenait la candidature des Tschingelhörner – les Cornettes de Tschingel – et leur chevauchement principal, a fait marche arrière à la fin juin. Les experts mandatés par l'Unesco avaient donné un préavis négatif, estimant que la singularité tectonique de cette formation géologique n'avait pas une valeur universelle. Les Glaronais se réservent ainsi la possibilité de revenir à la charge, ce qu'une décision négative aurait exclu.

Le site se trouvait pourtant sur la liste indicative des cinq régions avalisée par le Conseil fédéral en décembre dernier et pouvant seules prétendre à une reconnaissance de l'organisation internationale. Pour augmenter les chances de candidatures suisses, un groupe d'experts, sous la houlette de l'Office fédéral de la culture (OFC), avait établi cette présélection.

Membre du groupe, Oliver Martin, collaborateur scientifique à la section Patrimoine culturel et bâtiments historiques de l'OFC, explique: «Nous misons avant tout sur la notion de paysage culturel, qui présuppose une réflexion d'ensemble. Dans le cas de La Chaux-de-Fonds: qu'est-ce qui fait son unité, comment peut-on la gérer pour que la ville continue à vivre? Nous voulons montrer que le patrimoine est quelque chose de dynamique.»

Elément de marketing

Oliver Martin est formel. A l'avenir, en Europe surtout, un simple monument n'a plus de chance. Le temps des cathédrales et des châteaux est terminé. Et probablement que les trois castels de Bellinzone, privés de leur ange gardien de l'époque, le conseiller fédéral Flavio Cotti, ne trouveraient plus place sur la liste. Les spécialistes étaient en effet peu convaincus du caractère particulier de cette candidature. On comprend que les experts suisses aient pour l'avenir écarté sans pitié toute une liste d'objets comme les vieilles villes de Genève et Sion, l'abbaye de Saint-Maurice ou le couvent d'Einsiedeln. Et pourquoi la région de la ligne Albula-Bernina des Chemins de fer rétiques a de bonnes chances aussi.

Les élus qui peuvent déjà prétendre au label Unesco en Suisse – le couvent de Saint-Gall, le couvent bénédictin de Müstair, dans les Grisons, la vieille ville de Berne, ainsi que, comme biens naturels, la région d'Aletsch et de la Jungfrau et le Monte San Giorgio, au sud du Tessin, qui date du Trias moyen – n'ont pas vraiment intérêt à voir cette liste s'allonger. Comme l'a déclaré au TagesAnzeiger Markus Lergier, directeur de l'Office du tourisme de Berne, «seul un objet extraordinaire devrait être admis». La reconnaissance de l'Unesco, si elle n'entraîne aucune prescription supplémentaire au niveau législatif, est un élément de marketing. Patrimoine suisse, qui vient de fêter ses cent ans, ne cache d'ailleurs pas un léger scepticisme envers cette liste. «Le conflit entre exploitation touristique et protection existe», constate Monika Suter.