«J’ai même proposé de créer un Deutsch Freiburg.» Le député libéral-radical Ruedi Vonlanthen est plus que chatouilleux quand une «menace» plane sur sa région, la Singine, l’un des districts germanophones du canton de Fribourg. En l’occurrence: la fermeture du bloc opératoire de nuit et du week-end de l’hôpital de Tavel pour améliorer la situation financière de l’Hôpital fribourgeois (HFR). «C’est une guerre de Fribourg contre la Singine.»

Dès l’annonce du déficit de l’HFR et des mesures possibles, les patriotismes régionaux sont ressortis d’un seul coup, comme pour chaque sujet qui prévoit un changement d’organisation dans le canton de Fribourg: passage de 7 à 3 districts imaginé en 2010, réorganisation des tribunaux il y a quelques années, péréquation financière tous les ans, etc. Outre la proximité des soins, certains craignent aussi pour les emplois.

Amputation et injustice

«Ce régionalisme est issu de la surprise engendrée par un manque d’anticipation, de communication et d’échange dans ce dossier presque viscéral», explique Emmanuelle Kaelin Murith, députée gruérienne démocrate-chrétienne. Elle dit comprendre les enjeux et les objectifs de qualité: «Je défendrai la réorganisation si l’on nous apporte des preuves qu’il n’est pas possible de faire autrement.»

En Veveyse, 5000 des 17’000 habitants de la région ont signé une pétition pour sauver l’hôpital de Châtel-Saint-Denis, que la direction de l’HFR propose de fermer. «C’est un cri du cœur pour dire que nous existons, même si nous comprenons la problématique générale», note le préfet UDC Michel Chevalley. Il parle d’un «attachement», d’une «amputation», d’un «sentiment d’injustice», d’un «droit à des infrastructures de qualité». Avec les élus locaux, il propose le maintien de l’hôpital et la création d’une maison des soins palliatifs, tout en concédant d’abandonner des lits de gériatrie.

«Je comprends tout à fait ces réactions dans ce dossier émotionnel», répond Anne-Claude Demierre, conseillère d’Etat socialiste en charge de la Santé. En attendant les résultats d’une étude de faisabilité en cours, elle tient à «ne pas jouer les régions les unes contre les autres».

Pauline De Vos Bolay, la directrice de l’HFR, mise sur la discussion: «Les réactions les plus fortes étaient avant tout politiques. Lors d’une assemblée publique en Gruyère, nous avons senti une prise de conscience, une sortie de l’émotionnel. Ce que nous proposons est pour le bien de la population.»