Coup de tonnerre dans la presse suisse! Roger Köppel, le rédacteur en chef controversé de la Weltwoche, tire sa révérence. Il quittera son poste pour occuper la même fonction au sein du quotidien allemand conservateur Die Welt à Berlin. Le Zurichois, 38 ans, abrège prématurément la brève expérience qui lui a donné sa visibilité nationale et internationale. Rachetée par des investisseurs proches de Christoph Blocher, la Weltwoche a radicalement changé de forme et de profil éditorial sous sa conduite. L'hebdo pour intellectuels de gauche s'est transformé en une année en un magazine d'opinion au service d'un courant, le national conservatisme, d'un parti, l'UDC, et de son chef, Christoph Blocher.

Ce départ inattendu en Suisse n'est pas une totale surprise à Berlin. Il y a plusieurs semaines, le nom de Roger Köppel avait déjà beaucoup circulé chez Springer, l'éditeur de Die Welt. Il s'agissait alors de reprendre la rédaction en chef de Welt am Sonntag.

La ligne de Die Welt s'est raidie ces dernières années et la rédaction mène une lutte épuisante contre l'érosion de son lectorat (à peine 220 000 exemplaires) dans un contexte de vive concurrence. Le titre ne supporte pas la comparaison avec les deux grands quotidiens nationaux de qualité: la Süddeutsche Zeitung (libéral de gauche) et le Frankfurter Allgemeine Zeitung (conservateur), qui tirent les deux à environ 390 000 exemplaires.

Redonner un profil

La décision, début 2002, de fusionner une partie des pages de Die Welt et du Berliner Morgenpost (un quotidien populaire) a réduit les pertes chroniques du premier de 50 à 30 millions d'euros par an. En revanche, Die Welt a perdu en identité. Ce sera justement la tâche de Roger Köppel de lui redonner un profil.

A Berlin, les rédacteurs de Die Welt réagissent avec prudence. «Le choix de Roger Köppel est un signe que Springer reste désireux d'investir dans Die Welt», veut croire un journaliste. La nouvelle mouture de la Weltwoche a fait parler d'elle en Allemagne. Plutôt en mal. Des journaux se sont étonnés d'un virage aussi radical. Le FAZ a égratigné un journalisme où se mêlent la provocation gratuite et l'abdication de toute responsabilité.

Un journaliste de Die Welt s'inquiète des «méthodes autoritaires» prêtées au chef de la Weltwoche. Son collègue se veut rassurant: «Les réputations sont souvent surfaites.» Des ex-mercenaires du clan Köppel, qui ont quitté la Weltwoche désabusés, évoquent des pratiques «qui font honte à la profession». Et certains se demandent à Berlin si Köppel ne cherche pas une porte de sortie autant qu'une promotion. A Zurich, il ne réussirait plus à engager des plumes de qualité pour remplacer les départs. Si la mue de son titre a éveillé la curiosité en ressuscitant un journalisme engagé et polémique, les doutes subsistent sur les résultats économiques.