L'affaire est gênante pour le football suisse. Peter Landolt, directeur du stade du Letzigrund à Zurich et président de la Commission de sécurité des ligues nationales de football, est soupçonné d'avoir protégé certains hooligans pour en faire une troupe de choc à sa solde. L'homme le plus haut placé pour lutter contre la violence dans les stades aurait fait entrer gratuitement des supporters zurichois frappés d'interdiction de stade dans l'ancien Hardturm et récemment encore dans le Letzigrund.

Suspension

La Ville de Zurich, qui a engagé Peter Landolt en juin 2006 pour diriger le nouveau Letzigrund, a réagi mercredi déjà. La Municipalité a suspendu son fonctionnaire et ouvert une enquête administrative. La Swiss Football League a suivi vendredi. Le comité a également mis en congé son chef de la sécurité, à sa propre demande, selon un communiqué publié en fin d'après-midi.

L'affaire a été mise en mouvement il y a une semaine par la Wochenzeitung. L'hebdomadaire révélait une étrange connivence entre Peter Landolt, alors chef de la sécurité du Grasshopper Club, et un groupe de hooligans, le «Front du Hardturm», connu pour ses positions proches de l'extrême droite. En décembre 2004, Peter Landolt organise une fine soirée bien arrosée dans la tente pour VIP du Hardturm, la base des Grasshoppers.

Des prostituées pour éduquer les hooligans

La WoZ a retrouvé des photos qui montrent comment le chef de la sécurité menotte dans une cage un fan tatoué d'un insigne rappelant la croix gammée. Pour mieux le livrer à trois strip-teaseuses asiatiques engagées pour animer la soirée. Dans la WoZ, Peter Landolt explique son initiative comme suit: «Si on est plus près des gens, on peut mieux les contrôler. Cette histoire de fête était pour moi une mesure éducative pour avoir un meilleur contact avec les hooligans, mais en même temps leur montrer clairement où sont les règles.»

Ce n'était que la pointe de l'iceberg. Sur la base de témoignages anonymisés de fans, le Blick puis le Tages-Anzeiger écrivent que Peter Landolt travaille depuis des années systématiquement avec certains hooligans. Leur accordant un traitement de faveur, il dispose ainsi d'une troupe de choc à son service pour l'aider à contenir d'autres fans, ceux qui lancent fumigènes et pétards par exemple.

La peur du «Front du Hardturm»

Personne ne veut témoigner à visage découvert, par peur des membres du fameux «Front du Hardturm», qui n'hésitent pas à lancer des opérations punitives. La liste des accusations est longue. La dernière en date: le 23 août, le manager place une douzaine de hooligans dans la zone VIP lors du match Grasshopper-Lucerne.

Plus grave, un supporter interdit de stade prétend dans le Blick que certaines bagarres entre bandes rivales n'auraient pas eu lieu sans Peter Landolt, qui indiquait aux unes où se trouvaient les autres. Tous les témoignages concordent sur un point: le haut fonctionnaire a perdu la distance nécessaire dans ses rapports avec les fans. Et il semble fasciné par le mouvement des hooligans.

Des reproches graves. Peter Landolt, qui s'était encore exprimé dans les médias sur son rôle lors de la soirée spéciale de 2004, ne parle plus. Auprès de son chef hiérarchique à la Ville de Zurich, il a nié toutes les accusations de favoritisme. Il a demandé lui-même à la Municipalité de le mettre en congé.

Il a fait de même auprès de la Swiss Football League, selon son porte-parole, Roger Müller. Le comité, réuni en séance ordinaire vendredi, ne s'est pas fait prier. «Nous avons eu des discussions avec Peter Landolt, à qui nous avons aussi demandé une prise de position écrite. Nous attendons désormais les résultats de l'enquête administrative de la Ville de Zurich. Les faits qui lui sont reprochés ne tombent pas dans notre champ d'activité», précise Roger Müller.

Une ascension fulgurante

La Commission de sécurité va se donner un nouveau président à titre provisoire. Dans son communiqué, le comité de la Swiss Football League tient à préciser que Peter Landolt s'est dans le passé distingué par de hautes compétences en matière de sécurité, et qu'il a organisé des centaines de parties qui se sont déroulées sans incidents.

Peter Landolt était jusque-là effectivement très présent dans les médias, où il prenait toujours des positions très sévères envers les débordements des supporters.

Cuisinier de formation, l'homme a commencé en 1997 comme chef de la sécurité du club Grasshopper au Hardturm. Son ascension est fulgurante. En 2005, il est nommé président de la Commission de sécurité des ligues nationales; en 2006, il prend la tête du Letzigrund, qui abrite désormais les deux clubs zurichois, FCZ et GC.

Une situation en soi déjà assez explosive sans que le manager soit accusé de favoritisme.