Valais

Le patron de pharma que rien n’arrête

Il vend des médicaments périmés en 2011, récidive en 2013. Martigny est le siège du commerce international d’Alain Bouaziz, sous le coup d’enquêtes pénales en Suisse et en France

Sous le coup d’enquêtes pénales en France et en Suisse pour falsification de certificats et commercialisation de médicaments périmés, le directeur d’Alkopharma à Martigny, Alain Bouaziz, renoue avec ses anciennes pratiques.

La société est à l’origine d’un commerce international de médicaments qui a mal tourné en 2011. Les organisations de surveillance du marché des médicaments française et suisse se sont alors aperçues que les traitements conditionnés à Martigny étaient étiquetés avec de fausses dates de péremption (LT du 16.01.2012). Selon une information du Temps, Alain Bouaziz a encore essayé, début 2013, de vendre des lots de médicaments périmés en France. Et a monté une nouvelle société en Angleterre grâce à laquelle il a récupéré tous les droits commerciaux qu’il avait perdus dans l’Hexagone.

Malgré les infractions dont il est soupçonné, Alain Bouaziz, officiellement domicilié près de Sion, dirige toujours Alkopharma à Martigny et ses filiales françaises. Un groupe client de la Banque Cantonale du Valais (lire ci-contre).

Dans une lettre du 28 février 2013 que Le Temps s’est procurée, l’Agence nationale de sécurité du médicament (ANSM) en France rappelle à l’ordre Alain Bouaziz. Il n’a pas le droit de commercialiser un lot de médicaments contre l’ostéoporose retiré du marché en 2012 à cause des problèmes constatés dans ses laboratoires. «J’appelle fermement votre attention sur le fait que cette pratique visant à préconiser l’utilisation de produits retirés n’est pas acceptable», écrit le directeur adjoint de l’inspection de l’ANSM à Alain Bouaziz. L’entreprise avait écrit dans un courriel un mois plus tôt que «ce produit peut être utilisé sans crainte, car les mêmes produits et les mêmes lots étaient remis ce jour-là sur le marché par Primius Lab».

Primius Lab est un nouveau laboratoire créé en Angleterre à la fin de 2011, peu après le début des enquêtes en Suisse et en France. «C’est en fait un faux-nez d’Alkopharm France», estime Eric Weil, avocat parisien du laboratoire allemand Riemser, qui a porté plainte contre Alain Bouaziz.

Dirigée par un ancien cadre de l’une des sociétés incriminées (Genopharm), Primius Lab est la propriété exclusive de la holding Phar­minvest Patrimonial, laquelle possède les diverses sociétés d’Alain Bouaziz en France. Et c’est justement Primius Lab qui vient de récupérer le droit de vendre les médicaments interdits aux sociétés françaises du groupe, Alkopharm et Genopharm. L’ANSM n’a pas répondu à nos questions. «C’est totalement hallucinant, mais l’ANSM, considérant qu’Alain Bouaziz est présumé innocent tant que les procédures pénales ne sont pas closes, a donné les autorisations de commercialisation à une société qu’il contrôle», explique Eric Weil.

Or, Primius Lab a aussi été rappelé à l’ordre en 2013 par l’ANSM pour avoir fait une offre de vente de 14 000 unités d’un somnifère pour enfants, provenant d’un lot Genopharm retiré du marché en 2012. «Alain Bouaziz est incorrigible», estime une source proche de l’une de ses sociétés. Condamné en 1996 pour complicité d’escroquerie financière à 6 mois de prison avec sursis, l’entrepreneur s’est ensuite lancé dans la pharma. En 2005, son laboratoire français Alkopharm est interdit d’activité pendant plusieurs mois pour non-respect des lois sur la vente des médicaments. En 2011, c’est la vente de 30 000 unités d’anticancéreux périmées, conditionnées chez Alkopharma Martigny et vendues en France, qui met au jour des infractions multiples: réétiquetage de médicaments, entreposage dans des conditions douteuses, flou dans la traçabilité.

Peu après le début du scandale, Alain Bouaziz et ses associés dissolvent l’une des principales sociétés incriminées: Genopharm. «En droit pénal, la dissolution équivaut à la disparition de la personne physique et complique considérablement les procédures, explique Eric Weil. C’est sans doute la raison pour laquelle ils ont fait ce choix.»

L’enquête conduite par le parquet de Paris promet d’être longue. En comptant les diverses voies de recours, le jugement de première instance devrait avoir lieu en 2016. D’ici là, Alain Bouaziz pourra sans doute poursuivre ses affaires.

Une enquête pénale administrative a été ouverte par Swissmedic en 2011 pour faux, usage de faux et falsification de médicaments. Elle n’est toujours pas terminée. En attendant, Alkopharma Martigny a pu rouvrir ses portes en avril 2012. L’entreprise possède des droits de commercialisation pour quatre médicaments en Suisse. Tous ses autres produits sont dorénavant vendus par Pro Concepta, basé à Zoug.

Ni Alain Bouaziz ni le président de la holding Pharminvest Patrimonial n’ont répondu à nos demandes d’interview. Mais ils ont toujours combattu les accusations dont ils sont l’objet, estimant avoir reçu des médicaments non conformes de leur fournisseur.

Dans l’attente d’un jugement, Alain Bouaziz a retrouvé des autorisations de commercialisation

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