On n'en parlait plus depuis le 16 mai, date du rejet de la onzième révision de l'AVS. Lundi, pourtant, l'Union patronale suisse (UPS) a remis sur le tapis la question du relèvement de l'âge de la retraite. En l'occurrence à 66 ans pour tous dès 2013, ce qui correspond à un prolongement de deux ans pour les femmes et d'une année pour les hommes. Il faut préciser que la onzième révision prévoyait de hisser l'âge légal à 65 pour les femmes; comme elle a été rejetée, l'âge limite est resté fixé à 64 ans.

Pour le président de l'UPS, Rudolf Stämpfli, les découverts des assurances sociales qui s'annoncent à long terme ne pourront être comblés «à coups de hausses de cotisations et d'impôts», a-t-il déclaré lors d'une conférence de presse organisée à Zurich. Selon lui, l'assainissement des piliers de la sécurité sociale doit se faire par des économies, des réductions de prestations, des changements de système et la lutte contre les abus.

S'agissant de l'AVS, il juge inévitable le passage à 66 ans pour les hommes et pour les femmes dès 2013, avec l'aménagement de possibilités de retraites anticipées dès 62 ans. Il estime par ailleurs que, à l'avenir, les rentes devront être adaptées uniquement au renchérissement et non plus aux salaires, ce qui suppose l'abandon de l'actuel indice mixte. Ces propositions ont déclenché une «réaction pavlovienne» de rejet au Parti socialiste, assure son porte-parole, Jean-Philippe Jeannerat. «L'UPS commet une double erreur. D'une part, elle n'a pas perçu que le front social était plus tendu qu'il y a trois ou quatre ans. Ce qui se passe chez Swissmetal est l'une des expressions de la mauvaise humeur des syndicats et des salariés. D'autre part, en faisant cette proposition provocante, les patrons font comme si l'échec du 16 mai n'était qu'un épisode conjoncturel, un simple accident de parcours», analyse-t-il.

«Un relèvement généralisé de l'âge de la retraite n'a aucune chance devant le peuple. Cela toucherait en premier lieu les personnes disposant des revenus les plus bas, car ils ne pourraient pas s'offrir une retraite anticipée», renchérit le syndicat Travail.Suisse. L'Union syndicale suisse (USS) a réagi dans le même sens.

Jean-Philippe Jeannerat s'étonne par ailleurs que l'UPS vienne avec une telle provocation juste avant le débat parlementaire sur la libre circulation des personnes. Il rappelle que les employeurs ont tout intérêt à s'assurer le soutien des travailleurs et des syndicats s'ils veulent pouvoir recruter de la main-d'œuvre dans les nouveaux pays de l'UE.

L'Union patronale est la première à oser relancer le débat de l'âge de la retraite. Pascal Couchepin s'en est bien gardé après l'échec du 16 mai. Il a mis l'accent sur d'autres réformes sociales (assurance invalidité, assurance maladie) que l'UPS juge tout aussi nécessaires. Mais il ne compte pas présenter de nouvelle révision de l'AVS avant l'an prochain. «Le Conseil fédéral a donné mission au Département de l'intérieur de présenter un projet de révision permettant de maintenir l'équilibre financier de l'AVS jusqu'en 2020. Des mandats ont en outre été confiés à l'Office fédéral des assurances sociales (OFAS) pour étudier différents modèles de retraite flexible. Ceux-ci tiendraient compte de la durée des cotisations, du revenu ou du caractère pénible de chaque activité professionnelle. Pascal Couchepin présentera une note de discussion au Conseil fédéral au début de l'an prochain», annonce son porte-parole, Jean-Marc Crevoisier.

Pour assurer l'avenir financier, le DFI ne se contentera vraisemblablement pas du relèvement de l'âge de la retraite – Pascal Couchepin avait imaginé 66 ans en 2015 et 67 en 2025, ce qui n'est guère différent des idées de l'UPS. Il veut aussi incorporer dans ses réflexions la modification de l'indice mixte et, différence de taille avec la position des patrons, la hausse éventuelle de la TVA.