Qui jugera le recours intenté par le procureur fribourgeois Anne Colliard-Arnaud contre l'acquittement, au bénéfice du doute, de Paul Grossrieder, ancien chef de la brigade des stupéfiants? La question n'est pas encore réglée huit mois après le jugement en première instance du Tribunal pénal de la Sarine.

Le Tribunal cantonal, sous le coup d'une demande de récusation émanant de Paul Grossrieder, a décidé, il y a de cela vingt jours, de faire éclaircir cette question de procédure par un tribunal spécial formé de cinq juges. Cette décision, brièvement communiquée mercredi, retarde encore la clôture du dossier, ouvert en mars 1998 par l'arrestation du brigadier, soupçonné de relations sexuelles avec une prévenue, corruption passive et violation du secret de fonction. L'accusation d'infraction à la loi sur les stupéfiants avait été abandonnée en cours d'enquête judiciaire.

Selon nos informations, le Tribunal cantonal n'a pas confié la question de sa récusation à des juges extérieurs au canton, mais à des magistrats qui n'ont jamais été touchés, de près ou de loin, par l'affaire Grossrieder, notamment des juges suppléants.

Tribunal cantonal mis en cause

La demande de récusation est notamment justifiée par l'implication du Tribunal cantonal dans plusieurs plaintes pour violation du secret de fonction, liées à des articles de presse, en particulier la publication, à la veille du procès, du rapport sur les dysfonctionnements de la justice. Rappelons que deux autres procédures parallèles sont pendantes: le recours administratif de Paul Grossrieder contre son licenciement, et une plainte pour diffamation visant six conseillers d'Etat.