«Un hôpital ne se réforme que de l’intérieur»

Questions à

Le sacro-saint principe d’équilibre des missions entre les hôpitaux de Neuchâtel et de La Chaux-de-Fonds est battu en brèche. Seule la centralisation est envisageable, afin d’assurer la sécurité, la qualité et l’économicité des soins.

C’est l’avis d’Hôpital neuchâtelois et de ses cadres. Ils proposent de concentrer les soins aigus, le plateau médico-technique et la maternité à Pourtalès à Neuchâtel, et la réadaptation dans les Montagnes, dans un nouvel hôpital à construire, histoire de donner du relief au projet.

La présidente du conseil d’administration d’HNE, Pauline de Vos Bolay, s’en explique.

Le Temps: L’organisation hospitalière neuchâteloise vit-elle un tournant vital?

Pauline de Vos Bolay: C’est un tournant fondamental. Parce que tant le Conseil d’Etat que le conseil d’administration d’HNE ont fait le choix de la transparence. C’est aussi un tournant parce que le projet que nous présentons est le fruit d’un travail réalisé par une centaine de cadres de l’établissement. Je suis persuadée qu’un hôpital ne se réforme que de l’intérieur, ce n’est pas possible par diktat.

– Pourquoi ne pas proposer un seul site hospitalier pour tout le canton?

– Intellectuellement, nous persistons à croire que c’est ce qu’il faudra faire, à terme. Mais il y a la realpolitik: nous avons à Neuchâtel le bâtiment de Pourtalès quasi neuf, qu’il faut amortir encore durant près d’un quart de siècle; à La Chaux-de-Fonds, nous avons à l’inverse un bâtiment vétuste. Voilà pourquoi nous nous rallions à la formule acceptable des soins aigus à un endroit et la réadaptation à un autre. La réadaptation et les suites de traitement dans les maladies chroniques sont l’avenir de la médecine, avec une population vieillissante. Or, la réadaptation est souvent éclatée. Créer un véritable CTR, centre de traitement et de réinsertion, lié à la contrainte fédérale de constituer des filières, est une superbe opportunité.

– D’aucuns estiment la centralisation des soins aigus à Neuchâtel utopique, faute de places…

– Pourtalès, dans sa configuration actuelle, a une capacité maximale de 250 lits. L’hôpital universitaire de Stockholm dessert un bassin de population d’un million d’habitants avec 300 lits et envoie ensuite des patients en réadaptation dans d’autres centres. Ici, si on se réorganise correctement, les 250 lits vont suffire. Et je dispose d’études qui montrent des possibilités d’extension, au nord par exemple. Nous pourrions y créer un espace pour les traitements ambulatoires, accolé à l’hôpital, avec une entrée spécifique. Nous l’étudierons dès que nous aurons un feu vert, à tout le moins orange, pour notre projet.

– Pourquoi Neuchâtel, et pas La Chaux-de-Fonds, pour les soins aigus?

– C’est lié au risque de fuite des patients. Localiser le site de soins aigus dans les Montagnes alors que 70% de la population neuchâteloise est orientée vers le Littoral, c’est risquer de voir des patients opter pour Yverdon ou Bienne. Les Neuchâtelois sont déjà 1500 par an à choisir un hôpital hors canton par convenance personnelle. Le choix de Neuchâtel se justifie également par la proximité entre hôpitaux universitaires et non universitaires, en l’occurrence du CHUV et de l’Ile à Berne.

– N’entendez-vous pas les Montagnes qui veulent le retour d’une maternité dans le Haut?

– Evidemment que je les entends. J’ai bon espoir que les gens des Montagnes nous entendront aussi. Je peux comprendre l’enjeu émotionnel d’une partie du canton qui se sent défavorisée et le fait que l’hôpital soit un révélateur. Les paramètres hospitaliers ne permettent plus de faire de la politique régionale. Et croyez-moi, un CTR, c’est bel et bien un hôpital.