Alors que la Suisse prépare sa demande formelle d'extradition pour blanchiment aggravé et participation à une organisation criminelle, Pavel Borodine organise sa défense à New York. Contrairement à ce qu'annonçait récemment son porte-parole à Moscou, l'ancien intendant du Kremlin n'a pas encore décidé de se rendre à la justice genevoise sans combattre. Ses avocats attendent de connaître les raisons invoquées à l'appui de la requête pour définir leur stratégie. Petit récapitulatif.

Le 17 janvier dernier, Pavel Borodine est appréhendé à l'aéroport John-Fitzgerald-Kennedy alors qu'il vient assister à l'investiture de George W. Bush. L'intéressé, placé sous mandat d'amener international depuis un an, est attendu par le FBI. Le jour même, le district attorney de Brooklyn a demandé au juge l'autorisation d'arrêter Pavel Borodine en précisant que «le fugitif est attendu» pour cette date. La veille de cette interpellation, la justice genevoise reçoit également un fax d'Interpol faisant état d'un possible voyage. Tout indique donc qu'il a bien été cueilli.

Prudence élémentaire oubliée

En Russie, des voix s'élèvent pour fustiger ce manque d'hospitalité à l'égard de l'invité du futur président ou dénoncer un complot helvético-américain. La thèse du traquenard, qui n'a jamais été invoquée par la défense de Pavel Borodine, semble aussi avoir perdu du terrain à Moscou. Les participants russes au Forum de Davos confirment une théorie qui relevait déjà du bon sens. Pavel Borodine a bien cédé à la flatterie de Vincent J. Zenga, avocat à Palm Beach et contributeur du Parti républicain, qui avait reçu des invitations non libellées pour les cérémonies et les distribuait peut-être en leur donnant une touche plus solennelle. Il n'en fallait pas plus pour convaincre l'ancien intendant qu'il fait partie des grands de ce monde jusqu'à en oublier la plus élémentaire des prudences qui sied à son statut d'homme recherché. Son porte-parole a appelé l'ambassade américaine à Moscou pour annoncer que Borodine viendrait comme convenu. Sans attendre les éventuelles réserves ou mises en garde, ledit conseiller a rappelé en disant que l'ancien intendant était déjà en route, avec son passeport ordinaire et un ancien visa pour affaires, tout en donnant les indications utiles sur le vol. A partir de là, toujours de source russe, l'ambassade n'avait d'autre choix que de prévenir les autorités de l'arrivée de cet hôte embarrassant.

La suite est connue. Le contributeur a parlé d'une «erreur», le Parti républicain a pris ses distances en lui restituant son argent et Pavel Borodine attend toujours en prison d'être fixé sur son sort. La justice genevoise a refusé de lever le mandat pour qu'il puisse se présenter en homme libre à l'instruction, rien ne garantissant que cette proposition officielle russe puisse être suivie d'effet. Enfin, la demande de libération sous caution de Pavel Borodine a pour l'instant été rejetée par le juge new-yorkais.