Expo 2015, le pavillon des irritations

Villes Bâle, Genève et Zurich auront leur installation à l’Exposition universelle de Milan

Une partie sera sponsorisée par Syngenta. Colère des œuvres d’entraide et des anti-OGM

Guy Morin, le président du Conseil d’Etat de Bâle-Ville, l’assure: il adore le «dialogue critique». Pour l’heure, il a surtout la critique, sans grand dialogue.

Les villes de Bâle, Genève et Zurich, qui ont présenté mardi leur projet d’animation pour l’Exposition universelle de Milan, ont été court-circuitées par des organisations d’entraide. Celles-ci lancent une polémique qui risque de durer au moins jusqu’au 1er mai, jour de l’ouverture de l’expo, dont le slogan court est «Nourrir la planète». Dans la présentation des trois cités, installée sous le Pavillon suisse – au demeurant sponsorisé par Nestlé –, la partie bâloise bénéficie du soutien de Syngenta, leader en matière de pesticides et de céréales produites par organismes génétiquement modifiés (OGM). A Swissaid, Catherine Morand fulmine: «Que Nestlé et Syngenta représentent la Suisse dans une expo axée sur le thème de l’alimentation est particulièrement malheureux.» Pour Roman Künzler, du collectif d’ONG MultiWatch, «cette coopération doit être annulée».

Les trois villes s’étaient déjà liées pour se présenter à Shanghai, lors de l’Expo de 2010. A Milan, elles occuperont un espace sous les tours où seront distribués gratuitement café en poudre, sel suisse, eau et tranches de pomme. Le concept du pavillon repose en effet sur cette distribution, censée provoquer une réflexion sur le développement durable: si je prends beaucoup de portions, j’en enlève aux autres. Les villes auront leur morceau de pavillon pour se mettre en avant, dans une exposition générale, avec leurs chapitres durant l’expo, d’abord Bâle, puis Zurich, et Genève. Pendant la fête, elles présenteront une exposition commune sur les innovations dans l’alimentation. Et elles fourniront la plupart des animations culturelles du pavillon. Par exemple, Genève s’alliera à Lausanne pour une semaine lémanique dévolue aux tendances actuelles en musique.

Pour Sami Kanaan, le maire de Genève, cette présence à Milan «est une possibilité de bénéficier de la très forte visibilité de l’expo, événement de l’année»; et de «montrer le caractère urbain de notre pays», à côté des cantons alpins, qui auront aussi leur surface. Le directeur de Présence Suisse, Nicolas Bideau, souligne le fait qu’il «n’y a jamais eu autant de cantons et villes impliqués dans un pavillon suisse d’une exposition universelle, cela montre le fédéralisme dans toute sa force». Y compris les particularités. Zurich puis Genève mettront en avant le thème de l’eau, avec une installation de l’artiste Fabrice Gygi pour la seconde. Bâle évoquera Nietzsche et Arnold Böcklin aussi bien que les «défis que doit relever l’agriculture mondiale» pour produire «en préservant les ressources naturelles», selon la présentation de ce «Spirito di Basilea».

Les trois villes mettent 1,4 million de francs chacune pour leurs cartes de visite milanaises, y compris des sponsorings. A Genève, les Ports francs, mais «pas de banque», souffle Sami Kanaan. Pour Bâle, Syngenta débourse 200 000 francs. Et cela fâche. Pour Florianne Koechlin, directrice du Blauen-Institut, instance sise à Bâle-Campagne et dédiée à l’étude (critique) du génie génétique, «dans les pays du Sud, ce sont les petites structures, adaptées à leur contexte et à l’environnement, qui sont à encourager. Un modèle agraire que Syngenta contredit totalement.» Catherine Morand fustige «un type d’agriculture qui dévaste la planète». Et grince: «Pour l’image du pays, la Suisse aurait tout intérêt à promouvoir une agriculture écologique.»

Pour le Pavillon suisse, c’est une nouvelle tension. A l’automne dernier, l’omniprésence supposée de Nestlé a provoqué une pluie de critiques. Conséquence, il y aura bien des dosettes de Nescafé dans les tours distributrices, mais pas d’eau du groupe veveysan. A présent, Nicolas Bideau juge «infondée la critique selon laquelle il y aurait une trop grande place aux multinationales» dans le pavillon. Il cite les tranches de pomme, qui valoriseront les modestes agriculteurs. Et puis, se priver du sponsoring de ce type de compagnies reviendrait «à ne montrer que la moitié de la Suisse».

Pour Guy Morin, tout tient donc au «dialogue critique»: «Si le thème de l’expo est «Nourrir la planète», on ne peut exclure l’agrochimie, ce serait illogique». Sami Kanaan assure qu’il y aura des débats contradictoires dans l’espace des villes. Les anti-OGM, eux, annoncent une conférence internationale. Pas à Milan. A Bâle, en avril. Pour le dialogue, il y a encore du chemin.

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