Gilles Froidevaux cache mal son trac à la veille d'une votation risquée. Le maire socialiste de 37 ans, aux commandes de Delémont depuis quatre ans, sollicite une hausse d'impôt pour financer trois infrastructures: une salle de spectacle, un centre pour les jeunes et une patinoire. Il se dit optimiste, veut croire que sa stratégie aura convaincu davantage d'administrés qu'elle en aura fâché.

Mais Gilles Froidevaux sait la difficulté d'arracher une augmentation fiscale par les urnes. Avec son exécutif à majorité de gauche, unanime en la circonstance, il propose un marché inédit: vous acceptez la hausse de 2,5% du taux d'impôt local, qui produira 770000 francs par année, et nous réalisons les trois objets. Sinon, ils ne se feront pas!

Serpents de mer

Les projets de modernisation de la salle Saint-Georges (4,8 millions), d'aménagement d'un centre de culture alternative (2,4 millions) et de couverture de la patinoire (la Ville met 250000 francs par an pendant quinze ans) sont autant de serpents de mer à Delémont. L'étroitesse des moyens financiers de la ville les a gelés.

A un mois des élections communales, ils ressurgissent, devenant subitement «urgents». En fait, la majorité rose-rouge delémontaine a suffisamment fait pression pour contraindre les autorités à empoigner le dossier de Saint-Georges.

Une stratégie habile, mais risquée

Gilles Froidevaux est un bon stratège. Il en avait administré la preuve en redorant il y a une décennie le blason du Parti socialiste jurassien, qu'il présidait. Candidat à un second mandat, le maire a composé un trio-pack. Associant trois publics: la culture, les jeunes et les sportifs. Avant de lancer son programme, il s'est assuré de leur mobilisation solidaire. Prévenant que toute velléité de tirer la couverture à soi amènerait une concurrence qui ferait tout capoter.

Ce premier pari est gagné. A l'enseigne du slogan «1, 2, 3 projets pour Delémont», les bénéficiaires des infrastructures projetées sont sortis du bois. Ils font campagne, au Comptoir local, à la gare, par le biais de Facebook. «On s'attend à un taux de participation élevé, parce que des milieux qui ne votent en général pas se sentent concernés», analyse Gilles Froidevaux.

Le maire abat une autre carte: la clarté du marché proposé. La hausse d'impôt n'épongera en rien le déficit de la Ville. Le surplus fiscal amortira les nouvelles infrastructures, et elles seules. Gilles Froidevaux souhaitait lier, dans la même votation, la hausse d'impôt et le feu vert aux projets. Les juristes l'en ont dissuadé, faute d'unité de matière. Alors, le maire soumet d'abord la hausse d'impôt. Si elle est acceptée, le peuple retournera aux urnes le 21 décembre pour ratifier les trois projets. «Si le non l'emporte ce dimanche, je m'opposerai aux trois investissements», avertit Gilles Froidevaux, pour couper l'herbe sous le pied aux partis bourgeois, adversaires de la hausse d'impôt, prétendant que les investissements peuvent être couverts sans elle. «C'est irresponsable», dénonce le maire. Affirmant qu'en 2009, compensation de la progression à froid et réduction de 1% de l'impôt cantonal obligent, la Ville devra boucler son budget avec un manque à gagner de 1 million, elle qui vit déjà dans le rouge depuis longtemps.

Facture fiscale pas augmentée

Gilles Froidevaux avance un dernier argument. La hausse de l'impôt local sera compensée par la baisse de l'impôt cantonal. La facture globale d'impôts du contribuable delémontain ne sera pas plus élevée en 2009 qu'en 2008.

Le débat est vif à Delémont. Les courriers de lecteurs-électeurs ont envahi les pages du Quotidien jurassien. Bien qu'ayant opposé les blocs classiques au parlement (le oui à la hausse d'impôt l'a emporté par 25 à 22), l'objet transcende les clivages politiciens. Des personnalités de droite, à la tête d'institutions culturelles ou sportives, appellent à voter oui. Delémont abat une carte importante pour son attractivité. Reste à savoir si celle-ci dépend de la charge fiscale ou de l'offre culturelle et sportive.