Le maire socialiste Gilles Froidevaux et son exécutif à majorité de gauche, en l'occurrence unanime, n'ont pas froid aux yeux. A trois mois des élections communales, alors que la tendance en Suisse est aux diminutions fiscales, ils demandent aux Delémontains de payer davantage d'impôts en 2009. «Pas pour couvrir les frais ordinaires de notre ménage, mais pour réaliser des infrastructures culturelles et sportives nécessaires à la ville», explique le magistrat, candidat à un second mandat à la mairie.

C'est en fait un marché que les élus du chef-lieu jurassien proposent à leurs administrés. Contre une hausse «supportable» de 2,5% de la fiscalité locale, ils investiront 4,8 millions pour aménager la salle de spectacle Saint-Georges, 2,36 millions pour un centre de la jeunesse en périphérie de la ville et verseront 250000 francs durant quinze ans pour assurer la pérennité de la patinoire.

Trois objets qui apparaissent comme des serpents de mer de la politique delémontaine, toujours remis à plus tard, faute de moyens. «Nous prenons nos responsabilités», assène le maire. Qui entend transmettre un message sans équivoque: «Si nous n'obtenons pas le réajustement des impôts, nous ne pourrons pas les réaliser.»

Delémont aurait souhaité lier, lors de la votation, la hausse d'impôt aux crédits pour réaliser les trois objets prévus. «Faute d'unité juridique de la matière, ce n'est pas possible», déplore Gilles Froidevaux. La décision sera prise en cascade. Le parlement local donnera son avis le 15 septembre. S'il refuse la hausse d'impôt, le château de cartes s'écroule. S'il l'accepte, le corps électoral votera le 26 octobre sur la question fiscale. Si le «oui» l'emporte, les Delémontains devront entériner, le 21 décembre, les trois crédits de réalisation. Dans l'intervalle, le 30 novembre, ils auront dû élire leurs autorités locales.

Transparence

Gilles Froidevaux et ses collègues du Conseil communal jouent la transparence. La hausse fiscale de 2,5% produira 770000 francs de recettes annuelles. Les besoins de financement des trois infrastructures se montent à 597000 francs par an. Les autorités estiment que les frais de fonctionnement de la salle de spectacle de Saint-Georges augmenteront d'une centaine de milliers de francs l'an.

«La facture fiscale globale du contribuable restera identique», lance alors Gilles Froidevaux. En 2009, l'impôt cantonal diminuera de 1%. Ce qui représente, grosso modo, le même montant net que la hausse delémontaine.

Augmenter les impôts, dans une région perçue comme un enfer fiscal, est-ce raisonnable? «Le jeu en vaut la chandelle, rétorque Gilles Froidevaux. On va renforcer l'attractivité de la ville. Une enquête réalisée en 2006 met davantage en évidence le manque d'infrastructures culturelles que la lourdeur de l'impôt. C'est ce que disent les jeunes.»

Echaudés par le rejet populaire du projet de golf au mois de juin 2007, les élus delémontains ne lancent pas leur opération la fleur au fusil. «Les milieux culturels, alternatifs et sportifs, qui réclament les investissements prévus, sont motivés à nous soutenir», relève l'élue radicale Patricia Cattin. Reste que le pari n'est pas gagné. Les partis bourgeois, minoritaires à Delémont, sont hostiles à la hausse fiscale. Surtout en période électorale. L'exécutif delémontain n'a-t-il pas fourni le bâton avec lequel il risque d'être fouetté?