Dans la Broye vaudoise, autant la situation est limpide à Payerne pour les élections communales de mars prochain autant elle est foisonnante à Moudon. Seul point commun: l’UDC y est moins conquérante qu’ailleurs.

A Payerne, 8400 habitants, bourg de tradition «bourgeoise» dont les deux tiers du parlement sont occupés par le Parti libéral-radical (PLR), trois socialistes et indépendants de gauche rêvent de décrocher la majorité à l’exécutif face à trois libéraux-radicaux. Le jeu des personnalités pourrait s’amuser de l’histoire. Aujourd’hui la municipalité file l’équilibre parfait. Deux PLR font face à deux PS. Michel Roulin, syndic hors parti, en réalité un transfuge radical, en est le centre de gravité.

Préfet en candidat surprise

Le centre droit présente Christelle Luisier Brodard, présidente des radicaux vaudois. Elue en cours de législature, elle est accompagnée de deux nouveaux venus. La gauche relance deux sortants assortis d’André Cornamusaz, préfet de la Broye-Vully bientôt à la retraite. Ce dernier, candidat surprise, vient provoquer une élection qui aurait pu être tacite. Le législatif, malgré une liste UDC plutôt discrète, semble promis au statu quo.

L’avenir de la commune, à la lisière de Vaud et Fribourg, occupe les esprits. «Le bourg devient une ville», note Christelle Luisier Brodard. «Il faut gérer la croissance contre l’anarchie.» Un plan directeur communal est en gestation.

La vague démographique et économique remonte le canton depuis l’Arc lémanique. La Broye se prépare à accueillir des nouveaux résidents attirés par des logements disponibles à des prix abordables. Les entreprises s’installent dans la région, à l’image de Nespresso. L’aéropôle, en dépit de quelques hésitations, devrait s’ouvrir vers 2013, indique Christelle Luisier Brodard, là où a plané Solar Impulse de Bertrand Piccard. Bref, le centre droit prêche pour une économie riche en emplois à valeur ajoutée et une bonne qualité de vie. La gauche, elle, combattra l’exclusion, précise Erik Küng. Pour le municipal indépendant de gauche, la croissance et l’urbanisation doivent profiter au plus grand nombre.

Le départ qui soulage

Moudon, 4900 âmes, aspire avant tout au calme. Antoine Wasserfallen, tenu pour coupable de tous les dérapages de la législature finissante, renonce à briguer un deuxième mandat à l’exécutif. Le soulagement est perceptible même si les tensions n’ont pas disparu. Le climat d’affrontement permanent au sein de la municipalité (trois radicaux, une UDC, un écologiste, deux socialistes), pimenté de plaintes pénales, a chahuté la commune. Le collège a dessaisi Antoine Wasserfallen de ses dossiers, les tribunaux l’ont remis en selle. Dans la foulée, il a claqué la porte de la section des Verts, sans quitter le parti cantonal. Philippe Jan, magistrat socialiste, a quitté lui aussi son parti a qui il reprochait de soutenir le trublion écologiste. Le PS a refusé ensuite sa demande de réadmission.

L’agitation ambiante a fini par multiplier les vocations. Douze candidats sont en lice pour sept sièges à la municipalité. La droite part en ordre dispersé: quatre libéraux-radicaux d’un côté et une UDC associée à un hors parti, de l’autre. La gauche fait bloc: trois socialistes et une Verte. Deux indépendants complètent la liste des prétendants, soit Philippe Jan et Jacques Besson, ancien président radical écarté du ticket officiel du centre droit. Cette déferlante, du jamais vu à Moudon, ravit l’UDC Magadis Chalabruz Richardet. En dépit d’une certaine confusion, la population aura un vrai choix, prétend Jacques Besson. La situation est moins incertaine au législatif, solidement ancré à droite.

«Bouffer du radical»

Malgré le retrait d’Antoine Wasserfallen qui en avait fait une question de principe, l’ambition de la gauche de contester, voire de déloger la nomenclature radicale de l’exécutif reste entière. Lucas Contomanolis, municipal et chef de file du PS, défend l’intérêt public et les droits des minorités trop souvent ignorés par la majorité «bourgeoise».

Le syndic PLR Gilbert Gubler, à sa quatrième législature, déplore l’appel de la gauche «à bouffer du radical». Il revendique le bilan de la municipalité et de son parti. Il renvoie en revanche les adversaires à leur inanité.

Moudon, après une longue «traversée du désert», parole de syndic, se réveille. Des projets immobiliers se concrétisent. Des nouveaux habitants aménagent. Le patrimoine bâti mérite des rénovations. Un plan général d’affectation sort des tiroirs. L’occasion est trop belle pour la laisser filer sur l’autel des tergiversations et des disputes partisanes, sinon personnelles, insistent notamment les Verts.

En même temps, il est indispensable de veiller au dialogue entre les communautés, avertit Magadis Chalabruz Richardet, UDC plutôt PAI que «blochérienne». Du coup, tout le monde parle «intégration», histoire de bousculer le paternalisme bon enfant du groupe suisses-étrangers, chuchote-t-on sur la place Saint-Etienne. Quatre résidents sur dix viennent d’autres pays. L’enjeu est donc primordial pour cette bourgade «cosmopolite» que le M2 lausannois a rapprochée de l’Arc lémanique.