Dans le hall d'entrée de l'Agence nationale pour l'emploi de Montbéliard (Anpe), Jérôme, 21 ans, scrute les dizaines d'offres affichées sur le panneau intitulé «mécanique». «Je regarde s'il y a les places que Peugeot a annoncées», dit-il, casquette vissée sur la tête. Le 29 mars, le groupe PSA Peugeot Citroën a déclaré qu'il prévoyait recruter en 2004, en contrat à durée indéterminée (CDI), 7000 personnes en France, dont 800 sur le bassin de Montbéliard. Une annonce accueillie comme un bol d'air frais dans un pôle fortement touché par le chômage (10,3% contre 8,4% pour l'ensemble de la Franche-Comté), et où l'automobile représente plus de deux tiers des emplois industriels. Mais sur le panneau, il n'y a rien. Jérôme, qui cherche un travail depuis cinq mois, «en Suisse aussi», se joint alors à la longue file d'attente qui mène au bureau d'information.

Depuis que Peugeot Citroën a parlé de ce recrutement, les chômeurs affluent dans les bureaux de l'Anpe. Mais pour l'instant, la réalité n'est pas à la hauteur de l'espérance. L'agence pour l'emploi a été chargée d'organiser le recrutement de 200 personnes (ouvriers et techniciens), uniquement pour des contrats d'une durée comprise entre 3 et 11 mois. «On ne sait pas encore ce que Peugeot a réellement prévu pour le bassin de Montbéliard», regrette Sarah Gentet, à la direction régionale de l'Anpe.

Effet d'annonce alors? Porte-parole de PSA Peugeot Citroën, Erika Louisroy indique que le recrutement vise à «pourvoir aux remplacements de salariés qui bénéficient des dispositifs de préretraite ou de retraite», mais aussi à «pérenniser certains postes temporaires ou sous-traités à des prestataires extérieurs». Il n'est donc pas certain que cela se solde par des créations de postes. Le constructeur automobile, dont les ventes en Europe ont baissé l'an passé de 2%, souhaite anticiper le lancement de 26 nouveaux modèles d'ici à 2006.

A Montbéliard, le site de Peugeot se trouve en fait sur la commune voisine de Sochaux. Une bourgade qui possède une équipe de football en première division française, où plus de 22 000 personnes travaillent dans l'automobile, mais dont la population dépasse à peine 5000 habitants. Ceux qui pénètrent l'enceinte du site industriel ne roulent évidemment qu'en Peugeot ou en Citroën. Réflexe chauvin qui, ici plus qu'ailleurs, vise à soutenir l'économie locale. En 2003, 432 000 véhicules (des 307, 406 et 607) sont sortis des chaînes de montage de l'usine de Sochaux.

L'annonce des recrutements est diversement appréciée. «C'est sûr, raconte Rabah, un jeune père de famille de 4 enfants, c'est mieux qu'un plan de restructuration. Mais je ne crois pas qu'il y aura de nouveaux postes. Nous sommes de plus en plus confrontés à la concurrence étrangère.» Et pour illustrer ses propos, il raconte que depuis deux ans il forme des techniciens hongrois afin qu'ils apprennent à monter les robots dans leur pays. Des robots qui sont ensuite utilisés à Sochaux: «Notre force était le savoir-faire, maintenant nous le leur transmettons.»

Les salariés n'osent pas trop parler ouvertement, par crainte pour leur emploi. Frédéric, dessinateur industriel, espère que son contrat à durée déterminée sera transformé en CDI. «Mon père a travaillé quarante ans chez Peugeot, il n'a jamais connu la précarité. Moi j'ai 35 ans et c'est le troisième emploi que je trouve dans le coin. Alors évidemment un contrat fixe m'aiderait à acheter une maison et à établir un projet de vie.» Aux dernières élections, Frédéric a voté pour la liste de Raymond Forni. Espérant, sans trop se faire d'illusion, que les socialistes favoriseront le bassin industriel de Montbéliard. «En 2002, j'avais voté pour Besancenot. Mais cette fois-ci, j'ai préféré le vote utile.»

Président de la Chambre de commerce et d'industrie (CCI) du Doubs, Jean-Louis Dabrowski reconnaît que les trois dernières années ont été particulièrement difficiles pour le pays de Montbéliard: «La chute du dollar face à l'euro, défavorable pour la concurrence, et l'implantation d'usines dans des pays comme la Slovénie, n'ont pas favorisé la construction automobile à Sochaux.» Pour se relancer, le pôle industriel franc-comtois compte sur sa technicité et la qualité de la main-d'œuvre. Un «programme de redynamisation industrielle» bénéficiant de 58,5 millions d'euros sur trois ans va être lancé dans le nord de la région. «Des aides seront débloquées pour permettre aux entreprises de développer des bureaux d'études et de se diversifier», annonce Jean-Louis Dabrowski.