Climat

Les paysans, acteurs et victimes du réchauffement

L’agriculture suisse contribue aux émissions de gaz à effet de serre, à travers les flatulences bovines notamment. Parallèlement, elle souffre de pénuries d’eau, d’autant que les infrastructures d’irrigation s’avèrent insuffisantes. Le défi est écologique autant que culturel

Les paysans et producteurs sont à la fois acteurs et victimes des changements climatiques. D’un côté, l’agriculture contribue à hauteur de 13,2% aux émissions des gaz à effet de serre du pays. De l’autre, la multiplication des épisodes caniculaires, la sécheresse, la violence des orages, la grêle causent des dégâts à leurs cultures et leur posent des problèmes d’approvisionnement en eau.

De surcroît, face aux changements climatiques, les consommateurs sont sensibilisés à la nécessité de raccourcir l’acheminement des produits alimentaires. Les producteurs indigènes devront vraisemblablement répondre à une demande croissante en produits régionaux et saisonniers. C’est en tout cas ce qu’espère Markus Ritter, le président de l’Union suisse des paysans (USP), qui a réuni les médias jeudi dans une ferme de Moosseedorf, dans la campagne bernoise.

Selon les chiffres de l’Office fédéral de l’environnement (OFEV), l’agriculture est le quatrième secteur émettant le plus de gaz à effet de serre, après les transports (31,7%), l’industrie (20,2%) et les ménages (18,4%). Et près de la moitié (46%) de ces effets polluants proviennent des animaux de rente, en d’autres termes de ce que Markus Ritter appelle pudiquement les «flatulences bovines». En d’autres termes encore: les pets et les rots des vaches. Que faire contre ça? «Les processus biologiques sont complexes et ne sont pas modifiables à volonté», regrette Markus Ritter.

Biogaz et économie circulaire

Des recherches ont été menées dans le but de réduire les nuisances des gaz bovins. «Des compléments alimentaires (les graines de lin, par exemple) ont des effets positifs sur les émissions de méthane des vaches laitières, mais leur effet diffère beaucoup d’une bête à l’autre», relève Martin Rufer, président de l’agence de recherche agricole AgroCleanTech. Une autre possibilité est la prolongation de la durée de vie des vaches allaitantes et laitières, «le temps d’élevage étant compensé par une performance de vie plus importante», ajoute-t-il.

On peut aussi envisager de réduire le cheptel bovin. Mais ce n’est pas compatible avec la volonté affichée d’augmenter la consommation de produits locaux, notamment la viande et le lait. Cela ne ferait que déplacer le problème, puisqu’il faudrait augmenter les importations de ces produits. «Pour le climat, peu importe que les vaches pètent en Suisse ou à l’étranger», résume crûment Markus Ritter.

Mais les bovins ne dégagent pas que de l’air. Les lisiers et les fumiers peuvent être recyclés. Comme d’autres, le propriétaire de la ferme de Moosseedorf, Ruedi Bigler, s’est construit une installation de biogaz qui permet de récupérer ces engrais de ferme, de les mélanger à des déchets provenant de moulins ou à des restes d’aliments tels que des pommes de terre. Ils sont fermentés et produisent de l’électricité et de la chaleur. L’USP encourage les agriculteurs à se lancer dans cette forme écologique d’économie circulaire.

Problèmes d’irrigation

Le changement climatique affecte les cultures. L’USP a effectué un sondage auprès de ses membres. 2500 y ont participé, avec une légère surreprésentation de la Suisse orientale, particulièrement touchée par la sécheresse de 2018. Il permet de constater que ce sont les herbages, les fourrages, suivis des pommes de terre, du maïs, des betteraves sucrières et des céréales qui ont le plus souffert du manque d’eau. Cette enquête montre que les infrastructures d’irrigation restent insuffisantes. De nombreux producteurs utilisent leurs propres sources aquifères, sans solution de secours telle qu’un système d’irrigation collectif ou un raccordement au réseau public. Le problème étant aigu en montagne, la collecte des eaux de pluie devrait être mieux organisée sur les lieux d’estivage des troupeaux.

Cette situation s’est accompagnée de l’arrivée de nouveaux ravageurs, comme le moucheron asiatique. Il paraît dès lors nécessaire de sélectionner des espèces plus résistantes à la canicule et à la sécheresse. Certaines cultures profitent toutefois du réchauffement, par exemple le tournesol, la vigne, les fraises (dont la récolte précède les périodes sèches), le sorgho, la luzerne, le soja ou le millet.

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Si 46% des gaz à effet de serre émis par l’agriculture proviennent des bovins, une partie vient de la consommation de carburant. Markus Ritter juge normal que le monde agricole réduise son empreinte écologique dans le cadre de la loi sur le CO2 en discussion au parlement. «Mais tout le monde doit y contribuer», martèle-t-il, en faisant référence à l’aviation. Membre du PDC, le président de l’USP est visiblement sensible au climat. Mais la majorité de ses membres sont proches de l’UDC, qui a un point de vue très différent sur la question.

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