Le revenu des agriculteurs suisse s'est amélioré de 16,3%, selon une étude de la station fédérale de recherches en économie et technologie agricoles (FAT) de Tänikon (TG). Leurs revenus ont augmenté de 3,8% dans les exploitations de plaine avec un rendement brut de 241 909 francs par exploitation, et de 6,6% dans celles de montagne avec un rendement de 162 108 francs. Une amélioration principalement due à un redressement de la situation sur le marché des bovins et aux paiements directs qui ont augmenté en moyenne de 1900 francs.

L'enquête a été menée auprès de 3000 exploitations témoins dont la FAT dépouille chaque année la comptabilité. Que faut-il penser des chiffres obtenus? Lorenz Boesch, porte-parole de l'Union suisse des paysans, apporte quelques nuances au tableau brossé par la station fédérale.

Le Temps: Les chiffres donnés par la FAT sont extrêmement optimistes. Les agriculteurs suisses sont-ils en train de sortir de la crise?

Lorenz Boesch: En 1997, le revenu des agriculteurs travaillant dans les exploitations témoins a effectivement augmenté dans les proportions indiquées dans l'étude, cela par rapport à l'année 1996 qui marquait déjà une certaine reprise. Mais, même majoré de 16,3%, le revenu de ces agriculteurs n'atteint que le niveau des années 1991 à 1992. Ce qui montre à quel point le recul a été important.

Malheureusement je ne crois pas que cette embellie marque la fin de la crise. Car l'amélioration du revenu des agriculteurs tient à l'augmentation du prix de la viande de bœuf, descendue à un prix plancher pendant la crise de la vache folle, et à celle de la viande de porc. Or cette dernière est sujette à des fluctuations. Les prix montent puis s'effondrent sur un cycle de deux ans environ. Et nous entrons dans la phase de baisse de prix.

– La période de sécheresse que nous avons traversée cet été va-t-elle amplifier le phénomène?

– Je pense que la moyenne des revenus pour 1998 n'en sera pas affectée car une grande partie du pays, en particulier la Suisse centrale qui reçoit habituellement d'abondantes précipitations, a eu un bel été. Par contre, la Suisse romande se trouve dans une situation plus difficile.

– L'étude porte sur l'observation de 3000 exploitations témoins. Sont-elles représentatives de la paysannerie suisse?

– Ce sont effectivement de bonnes exploitations. Elles sont progressistes, nombre d'entre elles mettent en pratique une agriculture écologique. Leurs comptes sont biens tenus. Bien gérées, elles arrivent à diminuer leurs dettes et payer moins d'intérêts. On peut considérer que ce sont des exploitations modèles. Ce qui n'est bien sûr pas la norme. Si les chiffres de la FAT font état pour ces fermes d'une augmentation de revenu de 16,3%, on peut imaginer que ce n'est pas le cas pour tous. Et si l'on faisait ce calcul sur toute la branche, je pense qu'on ne constaterait pas d'augmentation de revenu de 1996 à 1997.

Propos recueillis par Marie-Christine Petit-Pierre