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La Stratégie énergétique 2050 semble séduire le monde agricole. 
© BRANKO DE LANG

Renouvelable

Les paysans sont en panne d’énergie

La Stratégie énergétique 2050 séduit le monde agricole, qui espère en tirer de nouveaux revenus. A voir

L’agriculture recèle un important potentiel de production d’énergie indigène. Pas étonnant, dès lors, que l’Union suisse des paysans (USP) se range derrière la Stratégie énergétique 2050. Elle y voit une possible diversification des revenus de la paysannerie. Même si la réalité est en demi-teinte.

Dans la campagne vaudoise, les partenaires d’Eco Energie Etoy attendent la votation du 21 mai avec impatience. Ils espèrent qu’une approbation relance la production d’énergie verte. La coopérative regroupe 720 agriculteurs romands. En 2014, lorsqu’elle s’est lancée dans l’installation de panneaux solaires photovoltaïques sur les toits des bâtiments agricoles, le prix de rachat du courant était encore élevé. Grâce à la rétribution à prix coûtant (RPC), Eco Energie Etoy touchait 20 ct par kWh injecté dans le réseau. Un gain immédiatement réinvesti dans une nouvelle installation. Huit centrales photovoltaïques ont ainsi rapidement vu le jour. Elles produisent annuellement 1400000 kWh, soit la consommation moyenne de 350 ménages, selon les chiffres fournis par Eco Energie Etoy.

5000 fermes en attente

Mais le système s’est grippé. Les prix de l’électricité ont chuté. Le soutien via la RPC est bloqué. Faute de moyens financiers suffisants, la liste d’attente pour en bénéficier ne cesse de s’allonger. L’USP indique que cette liste comprend près de 5000 exploitations agricoles. Si bien qu’aujourd’hui, Eco Energie Etoy est un peu en panne… d’énergie. «On se concentre sur des installations plus petites, plutôt tournées vers l’autoconsommation», se console François Calame, chef de projet. Il ne cache pas son amertume: «l’autoconsommation, c’est bien joli. Mais ce n’est pas comme ça qu’on atteindra les objectifs de la stratégie énergétique», lance-t-il.

Président d’Eco Energie Etoy, Bertrand Meldem a équipé la toiture de son hangar, transformé en marché paysan à Apples, au-dessus de Morges. L’énergie produite fait tourner ses frigos, ce qui lui permet de réduire ses coûts. Un projet beaucoup plus ambitieux a pu être concrétisé à quelques kilomètres de là, à Clarmont. Agriculteur, Christian Viande loue à la coopérative le toit de son bâtiment principal et du hangar adjacent. L’installation, composée de 650 panneaux, occupe une surface de 1100 m2 et produit 160000 kWh annuellement. Elle a coûté 350 000 francs. «Chaque année, elle nous rapporte 30’000 francs brut. Sur ce montant, nous payons les assurances, les frais d’entretien et de gestion et alimentons un fonds de renouvellement», explique François Calame. Christian Viande, lui, reçoit une location de 2500 francs par an environ. Il n’a pas eu à investir, si ce n’est dans des parts pour être membre de la coopérative. «Et comme il devait faire des travaux sur sa toiture, nous avons pu partager certains frais, notamment pour la pose et location des échafaudages», poursuit le chef de projet.

Un potentiel inexploité

Bertrand Meldem et François Calame aimeraient multiplier les grandes installations de ce type. La stratégie énergétique, si elle est acceptée, mettra du vent dans leurs voiles, car elle prévoit une hausse du supplément que chaque consommateur d’électricité paie pour alimenter la RPC. De quoi réduire la file d’attente. Guère plus car le système n’est pas fait pour durer. Les dossiers doivent avoir été approuvés d’ici à 2022, date limite pour bénéficier de ce soutien.

L’Union suisse des paysans a récemment fait le point sur le potentiel de production d’énergie solaire dans l’agriculture. Résultat: en 2013, les installations photovoltaïques agricoles ont produit 157 GWh, soit l’approvisionnement de 45000 ménages. L’USP estime la production possible à 1200 GWh. Dans le canton de Fribourg, la Direction des institutions, de l’agriculture et des forêts a également mené une enquête l’an dernier. Il en résulte que l’agriculture fribourgeoise produit déjà près de 30% de sa propre consommation d’énergie. Mais elle pourrait afficher un bilan énergétique positif si tout le potentiel était exploité.

Trop loin, ces toits

Tout n’est pas de la faute de la RPC si des projets tardent à se concrétiser. Les dirigeants d’Eco Energie Etoy voudraient que les collectivités publiques s’impliquent davantage. Les distributeurs d’électricité sont tenus de prendre en charge le courant vert. Mais pas de participer aux coûts du raccordement, lequel peut-être onéreux selon l’éloignement du bâtiment. Dans le cas de l’exploitation de Christian Viande, 20% de l’investissement a servi à financer le raccordement au réseau.

«Regardez ce poulailler, montre François Calame, en pointant l’édifice situé à l’entrée de Clarmont. Question ensoleillement, il est idéalement situé, mais le coût du raccordement plombe le projet». Eco Energie Etoy a abordé l’Etat de Vaud. «On nous répond qu’il ne faut pas créer de disparités», regrette-t-il. Bertrand Meldem enrage en pensant au potentiel existant dans l’agriculture. «On est freiné par une politique incohérente, estime-t-il. On ne cesse de nous dire que nous devons nous diversifier et innover et lorsque nous avons la volonté de le faire, on ne nous soutient pas».

Question de rentabilité

Directeur de Greenwatt, filiale du Groupe E, Jean-Michel Bonvin l’admet: «on ramasse d’abord les cerises les plus basses». En clair, même s’il s’agit d’énergie verte, la rentabilité n’est pas un vain mot et les toits de fermes ont le défaut de l’éloignement. Ce qui n’est pas le cas d’autres surfaces disponibles, en zone industrielle ou d’activités par exemple. «Nous-même, nous ne pouvons pas nous permettre de nous lancer dans des projets qui ne soient pas rentables. Nous cherchons à amortir une installation sur 25 ans», explique Jean-Michel Bonvin.

L’homme vert du Groupe E était récemment à Guin, sur le site de l’Energiepark. Cette vaste centrale produit du biogaz grâce à la récupération des lisiers et fumiers de 38 exploitations situées à une distance moyenne de 4,5 kilomètres. En échange, les agriculteurs récupèrent pour leurs champs un résidu moins odorant et moins agressif. Le biogaz bénéficie de la RPC et est intégralement injecté dans le réseau électrique du Groupe E. La chaleur résiduelle de l’installation de biomasse sert à sécher les montagnes de granulés de bois produits dans la halle voisine et provenant également de forêts et scieries alentour.

Entrepreneur et agriculteur, Oskar Schneuwly est le gardien des lieux et annonce fièrement que mille ménages bénéficient de l’énergie produite sur le site. Selon lui, c’est simple: «Tout irait mieux s’il y avait un peu moins de politique agricole et un peu plus de politique énergétique». Selon l’USP, il existe une centaine d’installations agricoles de biogaz en Suisse. Un chiffre qui pourrait cependant être six fois supérieur. 142 projets sont sur la liste d’attente de la RPC.

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