agriculture

Les paysans sortent les fourches contre le Conseil fédéral

La vision future en matière de politique agricole révolte les paysans. Ils réclament que le gouvernement revoie sa copie

Le monde paysan se fâche. Les représentants suisses du milieu rural et de la protection des animaux ont réclamé le renvoi de la «Vue d’ensemble de la politique agricole» du Conseil fédéral. Le document, dont les objectifs seront débattus au parlement dans quelques semaines lors de la session d’été, prévoit de diminuer la protection douanière helvétique de l’ordre de 30 à 50%. Inacceptable, pour le président de l’Union suisse des paysans (USP), Markus Ritter, qui a qualifié le jour de la sortie du rapport en novembre dernier de «jour noir».

Défense du particularisme paysan

Les paysans réclament avant tout deux choses: que la prochaine réforme agricole renonce à intégrer une composante internationale et reste un domaine spécial traité indépendamment d’éventuels accords de libre-échange, et que le Conseil fédéral respecte la volonté populaire exprimée en 2017 lors du vote sur la sécurité alimentaire.

Pour mémoire, les Suisses ont approuvé en 2017 à près de 80% la «préservation des terres agricoles», une production de nourriture «adaptée aux conditions locales», des relations commerciales transfrontalières «qui contribuent au développement durable de l’agriculture» et une utilisation des denrées alimentaires «qui préserve les ressources».

Fronde paysanne contre un nouvel accord de libre-échange

Or le chemin est encore long pour atteindre ces buts, a rappelé Jacques Bourgeois, directeur de l’USP: «La Suisse importe actuellement 40% de ses aliments. En outre, personne dans le monde ne dépense aussi peu que nous pour se nourrir; moins de 7% du budget des ménages helvétiques est consacré à l’alimentation.» Il reste beaucoup à faire, soulignent les paysans.

Ces derniers craignent qu’un accord de libre-échange avec les Etats du Mercosur (Argentine, Brésil, Paraguay, Uruguay) ne prenne exactement le contre-pied de la direction voulue. A son retour d’Amérique du Sud début mai, Johann Schneider-Ammann s’était pourtant voulu rassurant: «On entend dire que le Mercosur produit de la viande aux hormones, mais ce n’est pas vrai. La législation est aussi stricte que la nôtre.»

Des problèmes à foison

La Protection suisse des animaux a un avis différent. Dans un rapport, l’organisation décrit le résultat de ses propres investigations: surmédication des bêtes, transports d’animaux interminables, élevages intensifs, problèmes de malnutrition ou encore engraissements déraisonnables, l’incompatibilité avec les valeurs suisses serait patente. La déforestation pour créer de nouveaux pâturages au Brésil et en Argentine est aussi dénoncée.

Les femmes fustigent également les vues du Conseil fédéral dans le domaine agricole. Codirectrice de l’Union suisse des paysannes, Colette Basler a souligné «l’absence d’une vision pour les femmes» dans les nouvelles orientations voulues par le gouvernement: «En 2018, près de deux tiers des conjointes des agriculteurs ne sont toujours pas rémunérées. Elles travaillent à l’œil dans les fermes, s’occupent des enfants, du ménage et de l’exploitation. Une juste rémunération et des prestations sociales sont nécessaires.»

Rendez-vous en juin

Chargée du dossier agricole, la Commission de l’économie et des redevances du Conseil national a soutenu en mars les revendications paysannes à une très courte majorité UDC-PDC contre les autres partis du centre, de droite et de gauche. L’USP et ses alliés espèrent désormais que la Chambre basse suivra ses propositions le 4 juin prochain, afin que le dossier soit renvoyé au Conseil fédéral, «et que, cette fois, il fasse correctement son job», a tonné Markus Ritter.

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