Agriculture

Les paysans suisses sont résignés face à la baisse des prix agricoles

Comme en France, les producteurs helvétiques souffrent face aux produits européens à prix cassés. Mais leurs protestations restent très mesurées pour l’instant

La Suisse n’est pas la France. En novembre dernier, 10’000 agriculteurs manifestaient sur la Place fédérale à Berne, répondant à l’invitation de l’Union suisse des paysans (USP). «Nous avons ensuite reçu une lettre de remerciements et de félicitations de la police bernoise car tout s’est déroulé dans le calme, même s’il y a eu deux fois plus de participants que ce que nous avions prévu», raconte Francis Egger, membre de la direction de l’USP.

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Il faut dire que consigne avait été donnée de laisser les tracteurs à la maison. Plusieurs engins, en route vers la capitale helvétique, ont été repérés, mais ils ne faisaient que livrer des sapins de Noël, se souvient encore Francis Egger. Quelques semaines après la manifestation du 27 novembre, le parlement fédéral a compris le message et renoncé à réduire le budget agricole 2016.

Ce qui ne veut pas dire que tout va bien dans le meilleur des mondes. Dans son programme d’économies, le Conseil fédéral prévoit de nouvelles coupes à hauteur de 100 millions par année à partir de 2018. Et actuellement, les prix sont au plus bas dans plusieurs secteurs. Producteurs de lait, de porc et de betteraves notamment tirent la langue. Le porc se vend 3,50 francs le kilo contre 4,60 francs l’an dernier; le litre de lait industriel frôle les 0,50 centimes; en Suisse allemande, de nombreux betteraviers jettent l’éponge, résume Francis Egger. Les causes varient selon les secteurs, mais le franc fort et la concurrence étrangère mettent le monde agricole helvétique sous pression.

Francis Egger rappelle que les paysans suisses se sont bien adaptés à la nouvelle politique agricole 2014-2017, qui promeut notamment l’innovation et les prestations d’intérêt public. Mais leur métier premier est de produire des denrées alimentaires et ils sont «résignés». Ils font le gros dos en espérant que les prix repartent à la hausse. Le viticulteur genevois Willy Cretegny – connu pour avoir déversé en 2003 du fumier devant le domicile de l’ancien ministre Joseph Deiss –, parle aussi de fatalisme. Lui qui a été à la tête de nombreuses manifestations le constate: «En ce moment, les paysans ont la tête dans le guidon. Ils doivent fournir de gros efforts et beaucoup d’heures de travail juste pour maintenir un revenu stable. Le malaise est énorme. De nombreux producteurs sont dans la souffrance. Ils ont l’impression de ne servir à plus rien, que leur travail n’est pas reconnu. Si la tendance ne s’inverse pas, on va dans le mur», craint-il.

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