Les milieux agricoles vivent sous pression et appréhendent tout particulièrement les nouvelles exigences qui devraient découler du cycle des négociations de l'OMC. Selon la façon dont se concrétiseront les engagements pris à Doha, les pertes de recettes pourraient atteindre 1,5 à 2,5 milliards de francs par an. Les sombres perspectives que fait planer l'OMC ont ainsi figuré au premier plan des débats de l'assemblée de l'Union suisse des paysans (USP), jeudi à Berne, et l'on a même entendu évoquer, dans la salle et non à la tribune officielle il est vrai, la menace d'un référendum.

Nouvelles économies

Aux inquiétudes à propos de l'OMC, dont on ne sait ni quand ni comment elles se concrétiseront, viennent s'ajouter, sur le plan de la politique intérieure des difficultés bien concrètes. Le programme d'allégement budgétaire 2004 prévoit des économies supplémentaires de 355 millions pour les années 2006 à 2008. La libéralisation du marché du fromage prévue par les premiers accords bilatéraux met sous pression le marché du lait, et l'accord sur les produits agricoles transformés, globalement positif pour l'agriculture, menace les producteurs de betteraves sucrières. Le fond sonore du débat public, où les critiques des milieux économiques, qui trouvent l'agriculture trop chère et pas suffisamment entrepreneuriale, sont relayées par celles des écologistes, des protecteurs des animaux et des consommateurs, qui veulent un renforcement des prescriptions légales, n'améliore pas la situation. «J'en ai plus qu'assez de ces donneurs de leçons plus ou moins bien intentionnés. Quel autre secteur économique bénéficie des conseils d'un aussi grand nombre d'experts reconnus ou autoproclamés?», s'interroge avec humeur le président de l'USP, Hansjörg Walter. Un de ces experts n'est autre que son camarade de parti Christoph Blocher. Il y a eu une explication entre le ministre de la Justice et les dirigeants de l'USP, précise Hansjörg Walter. Christoph Blocher a assuré à ses interlocuteurs de manière crédible qu'il ne voit aucun potentiel d'économie dans la politique agricole. Le cas échéant, ajoute le président de l'USP, «nous le rappellerons à ses promesses».

S'agissant de l'OMC, l'USP avait fait appel à l'orfèvre en la matière, Luzius Wasescha, pour éclairer et commenter le tableau. Le délégué du Conseil fédéral aux accords commerciaux a commencé par rappeler que seule une économie globalement compétitive aura les moyens de subventionner l'agriculture et que la compétitivité de la Suisse est actuellement en danger.

La prochaine étape importante sera la rencontre ministérielle de Hongkong. La Suisse s'efforce de trouver des alliés susceptibles de défendre des intérêts semblables aux siens, pour concrétiser les «jalons de sécurité» posés lors des négociations de l'été. L'objectif de la délégation suisse sera de tout faire pour renforcer la multifonctionnalité. «Nous avons des alliances assez fortes pour parvenir à un résultat», assure Luzius Wasescha. Au terme du processus, il y aura de toute façon moins de protection aux frontières, de soutien interne au marché et de subventions à l'exportation. Jusqu'à quel point ces principes seront-ils mis en œuvre et dans quel délai? Toute la question est là, et pour l'USP elle se formule en ces termes: cette évolution aboutira-t-elle à une situation supportable ou non pour l'agriculture helvétique?

La paysannerie a retenu la leçon des syndicats avec les accords de libre circulation des personnes. «On risque de perdre 2,5 milliards avec l'OMC, alors que le revenu agricole total est de 2,8 milliards. L'USP devrait clairement annoncer l'éventualité d'un référendum si l'agriculture n'obtient pas des mesures de compensation», lance, de la salle, le président des paysans vaudois. On ne peut pas quitter l'OMC, répondra Luzius Wasescha, ou alors il faudrait engager 2000 personnes supplémentaires au Seco, pour négocier en bilatéral et devoir tout de même faire des concessions.

Au terme de l'assemblée, les délégués de l'USP ont adopté une résolution demandant au Conseil fédéral de s'engager sans compromis pour aboutir à un accord équilibré et de prendre des mesures d'accompagnement. Ils demandent également la renonciation à des réductions budgétaires supplémentaires et le maintien de la détaxe sur les carburants.