D’ordinaire, pour défendre leurs troupes, les présidents de parti sont toujours prompts à embellir la situation. Ce n’est pas le style de Martin Landolt: «Ici, tout le monde se fiche désormais de nos positions», affirme sans détour le chef de file du Parti bourgeois-démocratique (PBD).

Le «ici» de Martin Landolt, c’est le Parlement fédéral. Depuis les élections de 2015, le PLR et l’UDC, avec leurs 101 représentants au Conseil national, ont moins souvent besoin d’alliés pour créer des majorités. Cela vaut pour le PBD, mais aussi pour le Parti vert’libéral (PVL).

Les deux petites formations du centre se retrouvent ainsi dans une situation délicate. Difficile de réapprendre à exister différemment lorsqu’on a joué le rôle envié d’arbitre pendant une législature. Jeunes partis, auréolés de la prime à la nouveauté en 2011, défaits en 2015, ils sont contraints de chercher un second souffle. Pour cela, ils sont en train d’adopter des méthodes opposées.

La stratégie

La complémentarité ne fait plus recette. Pour exister, les Vert’libéraux se vendent comme la seule alternative du centre aux partis traditionnels. «Je n’ai pas peur de dire qu’entre l’UDC et le PS, il faut montrer qu’une troisième voie est possible. Et c’est la voie vert’libérale», affirme Isabelle Chevalley (PVL/VD), la seule élue fédérale romande du parti, qui assume une certaine part de provocation par rapport au PLR et au PDC. C’est aussi cela le nouveau style vert’libéral: depuis quelques mois, la communication se veut délibérément plus offensive. Les prises de position écolos urbaines sont assumées: soutien in fine à l’initiative RASA, au mariage civil pour tous, opposition aux subventions au monde agricole, etc.

Ce style fait aussi école dans les cantons. A Neuchâtel, la section du PVL mène campagne sous le slogan «Le printemps de Neuchâtel». «Les gens en ont ras-le-bol des querelles de clocher. Honnêtement, le lieu d’implantation des hôpitaux n’est pas un projet de société! Nous voulons attaquer les problèmes de fond et mettre en avant les qualités et les richesses de notre canton», affirme Mauro Moruzzi, président de la section cantonale.

Ce n’est qu’une question de temps avant que Libero choisisse le PBD comme son parti

A l’inverse, même après avoir perdu sa conseillère fédérale Eveline Widmer-Schlumpf et du même coup son rôle de parti gouvernemental, le PBD n’a pas changé sa manière de faire de la politique. Le président Martin Landolt défend sa ligne comme la meilleure réponse aux «mouvements populistes». Il loue les vertus de la patience et n’hésite pas à faire le lien entre son parti et le succès rencontré par le mouvement citoyen apolitique Operation Libero. «Je vois ces jeunes progressistes, courageux, qui défendent un pays moderne, ouvert et libéral. Nous partageons 99% de leurs valeurs. Ce n’est qu’une question de temps avant que Libero choisisse le PBD comme son parti.»

La communication

Privé de son siège au Conseil fédéral, le Parti bourgeois-démocratique disparaît peu à peu des écrans radars médiatiques. «Je reçois aujourd’hui un quart des appels de journalistes que j’avais avant, reconnaît Martin Landolt. Nous savons bien qu’avec notre politique raisonnable, orientée vers des solutions, nous n’arrivons pas à faire du spectacle et ce n’est pas notre compétence». Martin Landolt s’y résout: «Nous sommes devenus un petit parti normal après avoir été un petit parti anormal».

Les Vert’libéraux prennent l’option inverse et cherchent la lumière constamment. Un adversaire politique note en souriant que le PVL «se comporte maintenant un peu comme un parti de jeunes qui fonctionne au culot». Isabelle Chevalley l’admet: «Nous voulons arrêter de travailler dans l’ombre et évoluer désormais sous les projecteurs».

Le personnel

En termes de personnel politique, le Parti vert’libéral et le Parti bourgeois démocratique ne disposent pas non plus des mêmes cartes. Le PVL est devenu le parti des «jeunes diplômés» sous la Coupole fédérale comme dans les cantons. L’humiliation subie en 2015 par la déroute de sa première initiative populaire dans les urnes (8% des voix) et la perte de la moitié de sa députation fédérale ne semble avoir refroidi ni ses membres ni ses électeurs. «Au niveau communal, dans le canton de Neuchâtel en 2016, nous avons réussi à faire élire nos candidats à notre première participation presque partout où nous en avons présenté, obtenant même 20% des voix sans apparentement, à Peseux», se réjouit Mauro Moruzzi. Au niveau fédéral, la relève est incarnée par la Zurichoise Tiana Angelina Moser, qui gagne en influence sur un président considéré longtemps comme plutôt autoritaire.

Le Parti bourgeois-démocratique fait face à un tout autre défi. Il compte de nombreux ténors sur le départ, dissidents UDC qui avaient rejoint le PBD en cours de carrière politique. La section bernoise est particulièrement touchée. Le conseiller national Hans Grunder se retirera avant la fin de la législature, son collègue Urs Gasche, ancien conseiller d’État, 66 ans, réfléchit aussi à son avenir, tandis que le sénateur Werner Luginbühl, lui aussi ancien conseiller d’État, est indécis. Au niveau romand, la Bérézina du PBD se poursuit. Après la dissolution de l’antenne neuchâteloise, la section fribourgeoise songe à se saborder au profit du PLR.

Les échéances

Dans ces circonstances, quel avenir pour le PBD? «Le Vaudois Yves Pellaux sera peut-être notre premier élu romand dans un Parlement cantonal», espère Martin Landolt. Mais le président le sait: son parti jouera son réel va-tout lors des élections cantonales bernoises l’an prochain. Il y dispose encore de 13 élus au législatif et d’une conseillère d’Etat. Gagner dans le canton de Berne serait un moyen de renverser la dynamique. Mais les difficultés du PBD n’ont pas échappé à ses concurrents directs dans le canton de Berne: l’UDC, mais aussi le PLR, se tiennent en embuscade. «Un espace se dessine dont nous souhaitons profiter», affirme un responsable libéral-radical.

Le Parti vert’libéral nourrit quant à lui des ambitions dans les cantons de Neuchâtel et de Vaud. Sur Neuchâtel, il s’agit «au moins» de maintenir la députation de cinq membres, selon Mauro Moruzzi. Ce dernier, crédité de bonnes chances d’accéder au Conseil d’État, a toutefois renoncé à se présenter, pour des raisons de disponibilités. Dans le canton de Vaud, le PVL défendra ses six sièges au Parlement. Il tentera aussi d’entrer au Conseil d’État. Il estime que ses chances ne sont pas anéanties par le refus du PLR et de l’UDC de faire liste commune au 1er tour.