Le Parti démocrate-chrétien, annonce et prépare la proposition que va faire très prochainement Doris Leuthard au Conseil fédéral de reprendre de façon partielle et unilatérale le principe du «cassis de Dijon» en vigueur dans l'Union européenne. Ce principe doit son nom à un arrêt de 1979 de la Cour de justice européenne concernant la commercialisation de cette liqueur française en Allemagne. Il postule que tout Etat membre est tenu d'accepter sur son territoire des produits fabriqués et commercialisés légalement dans un autre Etat membre. Pour la Suisse, la reprise du principe du «cassis de Dijon» fait partie de la stratégie préparée par le Conseil fédéral afin de faire baisser les prix, pour les entreprises comme pour les consommateurs. La démarche consiste à ouvrir sans contrepartie le marché suisse à certains produits qui peuvent circuler librement sur le marché européen. Les prescriptions techniques et autres qui contribuent à faire de la Suisse une île de prix élevés sont en effet innombrables. Et tous ceux qui en profitent, à l'abri de la concurrence européenne, ont mené un combat retardateur auprès de l'administration fédérale.

Les exemples, relevés vendredi par la conseillère nationale Lucrezia Meier-Schatz, en sont parfois légèrement surréalistes. On ne peut vendre la crème allemande en Suisse parce qu'elle est désignée en Allemagne sous le vocable de «Sahne» et ici de «Rahm». Les fours, frigos et autres équipements électroménagers font 60 centimètres de large en Europe et 55 en Suisse, ce qui explique qu'ils y coûtent 20% plus cher. Le principe actif de telle boisson populaire est exprimé en pour cent en Europe et en milligrammes par décilitre en Suisse, ce qui nécessite un conditionnement particulier, et ainsi de suite. Ces exigences techniques et ces chicaneries bureaucratiques renchérissent les produits sur le marché suisse sans les rendre de meilleure qualité ou plus sains.

La reprise du principe du «cassis de Dijon» fait partie de la croisade lancée par le PDC, dans le cadre de sa campagne électorale, contre la vie chère. Elle est menacée de controverse parce que la Suisse se propose de reprendre sans contrepartie une partie de la réglementation européenne. Elle ne devrait toutefois par être touchée par un vote négatif dimanche sur l'aide à l'Est. Les propositions formulées par le PDC pour améliorer le pouvoir d'achat, qui seront développées aux Chambres fédérales comme au niveau cantonal, suivent par ailleurs plusieurs autres pistes.

La viande coûte 44% de plus en Suisse

La vie est trop chère en Suisse, dénonce le PDC, ce qui a des répercussions négatives sur le pouvoir d'achat et sur la compétitivité de la place économique. Les prix du panier de la ménagère sont de 23% inférieurs dans les pays frontaliers. Chaque année, relève le président du parti, Christophe Darbellay, le «tourisme des achats» prive les fournisseurs locaux d'un chiffre d'affaires de quelque 2,1 milliards de francs. La viande coûte 44% de plus en Suisse alors même que les prix à la production ont baissé de 25%. La construction, le logement, les médicaments sont également beaucoup plus chers en Suisse. De plus, les entreprises et les particuliers dépensent 7 milliards par année pour des charges bureaucratiques qui pourraient être abaissées. Le parti fait conséquemment des propositions dans les domaines de la politique agricole, du marché des médicaments et des normes pour la construction.

Il va notamment s'engager, dans le cadre du débat sur PA 2011 au Conseil des Etats, en faveur des importations parallèles pour les biens d'équipement agricoles. Le PDC demande également la simplification du système formaliste de Swissmedic pour l'admission des médicaments.