Le ministre PDC Maurice Tornay est contraint par une décision du Tribunal fédéral de mener une réforme rapide du système d’élection au parlement valaisan, réforme qui fera perdre des sièges à son propre parti, majoritaire jusqu’ici. Lundi matin, le débat parlementaire d’entrée en matière sur le projet a soulevé tous les arguments : unité cantonale, représentation des minorités, symboles identitaires et calculs électoraux. La conduite de cette réforme des institutions constitue le dossier le plus épineux du mandat du ministre. Alors que dans les coulisses politiques on le dit très affaibli par l’affaire Giroud, il a choisi de présenter son projet en trois tranches « pour limiter les risques d’échec ». Il a notamment évité de présenter devant le peuple une réforme des institutions politiques cantonales dans le même paquet que celles, très sensibles, qui viseront les communes.

En février, le Tribunal fédéral répondait à un recours des partis minoritaires valaisans, jugeant que le système électoral ne respectait pas la Constitution. En Valais, les sièges des députés sont répartis entre les treize districts. La petite taille de certains d’entre eux ne leur donne droit qu’à très peu de sièges, lesquels deviennent très difficiles d’accès pour les minoritaires. «Dans les plus petites circonscriptions électorales du canton du Valais, le quorum naturel est au-dessus des 10% », note l’arrêt du TF. Alors que le mode d’élection proportionnel exige un quorum de 8% des voix pour être élu.

Aggrandir les circonscriptions

Le projet de réforme se base sur le travail d’une commission baptisée R21. Pour résoudre le problème, elle propose d’agrandir les circonscriptions électorales à six régions organisées autour des villes valaisannes. Cela fera perdre des sièges au PDC, notamment dans les petits districts du Haut-Valais. «Cette réforme est moderne, elle nous satisfait et nous ne voulons pas voir ici un affrontement théâtral entre progressistes et conservateurs», a annoncé en préambule le PLR bas-valaisan, Christophe Claivaz. A ce conflit partisan, se superpose celui qui déchire les régions linguistiques. «Nous condamnons toute tentative conservatrice, en particulier émanant du Haut-Valais, visant à faire échouer la réforme», a dit Christophe Claivaz. De leur côté, les conservateurs haut-valaisans en appellent à la lenteur. « Notre groupe ne s’oppose pas à certaines réformes, mais nous nous opposons à la hâte qui peut transformer le printemps valaisan en un hiver rigoureux», estime Philipp Matthias Bregy des PDC noirs du Haut-Valais. «Le francophone Christophe Claivaz prétend d’ailleurs qu’il ne faut pas protéger la minorité haut-valaisanne», a-t-il attaqué, faisant allusion au refus du PLR d’accepter une variante du projet qui, tout en acceptant les circonscriptions des six régions, maintient tout de même l’existence des districts sous la forme des sous-arrondissements dans un système d’élection «à la double proportionnelle».

Parti de la raison

Le PDC du Valais romand prend la pose du parti de la raison. « Cette réforme fait l’objet des volontés de conquêtes de sièges de chacun des groupes politiques», estime David Théoduloz, PDC du centre. «Aucune solution ne sera parfaite de ce point de vue.» Dans le même temps, il défend la variante de la double-proportionnelle. «C’est une simple question de respect des régions périphériques qui conservent ainsi une chance d’être élues», explique-t-il. Ces dernières sont aussi les régions de montagne où le PDC conserve la majorité de son électorat. En revanche, les Verts, le PS et le PLR, dont l’électorat est plutôt citadin, seraient favorables à la disparition de ce reliquat de district. Pourtant, selon le président du PDC du Valais romand, Serge Métrailler, qui a chiffré les pertes de sièges possibles, il n’y aurait pas de différence de sièges pour son parti entre les deux variantes. «Sur la base des chiffres des dernières élections cantonales, nous pourrions perdre entre 2 et 3 sièges», estime-t-il tout en relativisant la portée réelle de ces calculs, tant le contexte politique actuel est changeant. «L’UDC a gagné 21 sièges en un peu plus d’une décennie et ce n’est ni grâce à l’arithmétique, ni grâce à un changement du système électoral», explique-t-il à titre de comparaison.

«Les calculs d’apothicaires nous conduiront au néant», a affirmé Maurice Tornay au parlement. «Lorsqu’un parti ou une région n’est pas représenté, la démocratie est blessée. Nous militons pour la représentativité des régions, il en va de la cohérence de ce pays en 2050», a-t-il dit. Le parlement discutera des détails du texte jeudi matin en première lecture et les Valaisans voteront en mars 2015.