Le PDC fribourgeois conservera-t-il son troisième siège au Conseil d'Etat lors des élections de novembre? Impensable jusqu'alors, la question commence à devenir d'actualité. Colosse au pied d'argile, le parti semble poursuivre un déclin inexorable (son électorat a passé d'un tiers des votants en 2001 à un quart en 2003), sans que cela n'effarouche un seul instant ses membres.

L'intérêt personnel

«Beaucoup privilégient leur propre intérêt au détriment de l'ensemble. Ils ne voient pas que l'édifice s'érode comme un château de sable qui subit les assauts de la mer», déplore un militant. Qui souhaite garder l'anonymat, comme la plupart de ses pairs amenés à se prononcer sur l'état de santé de la formation.

Ce jeudi, le parti tiendra une assemblée des délégués primordiale pour son avenir. Enjeu: le renouvellement de l'alliance avec les radicaux en vue des élections au Conseil d'Etat en novembre et au Conseil des Etats en 2007. Le problème: l'accord, négocié préalablement par le président, Emanuel Waeber, avec son homologue radical, Charly Haenni, favorise nettement le PRD.

Du reste, même Emanuel Waeber en convient: «C'est vrai que les radicaux sont avantagés, mais c'est le prix à payer si on veut profiler un centre droit uni face à la gauche et à l'UDC.» En substance, l'arrangement prévoit une liste commune de candidats pour l'élection au Conseil d'Etat, avec 4 PDC et 2 PRD au premier tour, alors que, pour le second tour, «tout reste ouvert en fonction des résultats».

En outre, un pacte de non-agression est signé concernant les préfectures des sept districts. Enfin, les deux partis présenteront un ticket unique pour l'élection au Conseil des Etats en 2007, le radical Jacques Bourgeois étant pressenti pour accompagner le démocrate-chrétien Urs Schwaller (LT du 14.01.2006).

Les termes de cette alliance ont suscité des remous au sein du PDC. Il faut dire que, non contente de donner un blanc-seing aux quatre préfets radicaux, elle pourrait menacer la position démocrate-chrétienne au gouvernement. En effet, alors que l'«ami» PRD s'apprête à organiser des primaires entre deux personnalités connues, les préfets Jean-Claude Cornu et Daniel Lehmann, pour savoir qui accompagnera le sortant Claude Lässer sur la liste, le PDC se montre incapable d'organiser la succession de Michel Pittet, qui se retire après trois législatures.

C'est que, malgré la volonté affichée d'Emanuel Waeber de rendre plus efficientes les structures de son parti, ces dernières sont bien lourdes. Ainsi, la recherche de candidats au gouvernement reste l'apanage des sections de district. Comme la Singine est déjà représentée par Beat Vonlanthen et la Sarine par Isabelle Chassot, c'est la section gruérienne qui se charge de dénicher l'oiseau rare. Or, cela fait des mois qu'elle promet la personne idoine, sans suite. Pis, le président Waeber semble être dans l'ignorance totale des démarches entreprises.

L'homme providentiel

Dans le sud du canton, des noms circulent toutefois. Les députés Yves Menoud et Georges Godel seraient intéressés par la fonction, mais on leur a fait comprendre qu'on ne voulait pas d'eux. Tous deux ont déjà échoué lors d'élections, et le PDC ne veut pas de «loosers». Ancien vice-syndic de Bulle, Philippe Menoud, dont les compétences sont reconnues par tous, a renoncé, pour des motifs personnels. Reste le chef du groupe PDC au Grand Conseil, Jean-Louis Romanens.

Ce dernier dément vouloir se glisser dans la peau d'un homme d'Etat. Mais, en coulisse, on murmure qu'il fait le vide autour de lui pour se présenter à la dernière minute en solution de dernier recours. En sauveur du parti, en somme.

Une chose est sûre: ces atermoiements nuisent au fonctionnement du PDC. Qui reste un «gros machin» à intérêts multiples, déchiré entre une aile progressiste et une autre plus conservatrice. Emanuel Waeber a mis un certain ordre, son travail est généralement loué. Mais certains militants doutent de son sens tactique. On lui reproche d'avoir fait trop de concessions sur l'alliance avec les radicaux, sans mesurer les conséquences pour le PDC. En outre, d'aucuns s'emploient à lui mettre des bâtons dans les roues, à l'instar de la vice-présidente, Anita Brünisholz, une conservatrice proche des milieux catholiques, qui s'accroche à ses prérogatives.

En décembre, Emanuel Waeber a du reste voulu faire le ménage. Reprochant des erreurs de communication à sa vice-présidente, il lui a envoyé un courriel très sec dans lequel il lui enjoignait de démissionner lors de l'assemblée du 26 janvier. Mais, forte de l'appui de la conseillère d'Etat Isabelle Chassot, Anita Brünisholz devrait finalement poursuivre son mandat jusqu'en 2007.

«Ces luttes internes sont néfastes. Pendant ce temps, les autres partis gardent leurs forces pour les élections», lâche un membre, dépité. Et le PDC n'a pas fini de s'entre-déchirer. Dans un communiqué diffusé mercredi, les JDC (jeunes démocrates-chrétiens) annoncent qu'ils combattront l'accord avec le PRD. L'assemblée de ce soir s'annonce plutôt mouvementée.