Dimanche soir, en commentant les résultats des initiatives alimentaires, le conseiller fédéral Alain Berset a fait référence à un accord passé en 2015 avec des entreprises de l’agroalimentaire. La teneur en sucres ajoutés des yogourts a baissé de 3%, celle des mueslis d’environ 5%, a souligné le socialiste, reprenant les chiffres d’une étude publiée en avril par ses services.

«On se moque de nous, réagit la députée genevoise PDC Delphine Bachmann. Les entreprises signataires ne s’engagent que sur une base volontaire. La baisse annoncée est l’équivalent d’un ajout de sept morceaux de sucre dans un yogourt au lieu de huit.»

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Président du PDC genevois et médecin, Bertrand Buchs, lui, a observé qu’une initiative cantonale neuchâteloise proposant de taxer les sucres ajoutés a été balayée au Conseil des Etats en mars dernier.

A Genève plutôt qu’à Berne

Conclusion du président et de la députée: les lobbys étant bien implantés au parlement fédéral, c’est au niveau cantonal qu’il faut initier l’action. Delphine Bachmann et Bertrand Buchs ont déposé une motion qui demande l’instauration à Genève d’une taxe sur les sucres ajoutés. Il s’agit d’alerter uniquement sur les substances inutiles, qui n’ont aucune plus-value nutritionnelle, préviennent-ils. «Les Suisses consomment 39 kilos de sucre par an et par personne, dit Bertrand Buchs. En un siècle, ce chiffre a été multiplié par treize.»

Le phénomène est mondial. Aux Etats-Unis, des cirrhoses du foie liées à la consommation excessive de sodas ont été diagnostiquées, selon le praticien. Un tiers de la population suisse est en surcharge pondérale, montrent les enquêtes. La statistique a doublé en vingt ans, la part d’obèses (environ 15%) ayant beaucoup augmenté. «On observe une stabilisation, au contraire de ce qu’il se passe aux Etats-Unis, mais on a pris une sacrée claque sur vingt ans, résume le médecin cantonal, Jacques-André Romand. Il y a encore plus inquiétant: l’épidémie de diabète, qui est associée aux maladies neurologiques et cardio-vasculaires, premières causes de décès.»

«Environ 80% des coûts de la santé sont liés aux maladies non transmissibles sur lesquelles on sait que la surconsommation de sucre a des effets négatifs», reprend Delphine Bachmann, infirmière référente au Centre du sein de Genève.

Prévention des caries et de l’obésité

Les revenus de la taxe seraient reversés à la prévention des caries et de l’obésité. Ils serviraient également à établir un étiquetage de la teneur en sucre des aliments afin notamment de réglementer leur présence dans les établissements scolaires. «On intoxique les citoyens dès leur plus jeune âge», regrette Bertrand Buchs, qui avait proposé ces mesures lors de travaux sur un contreprojet, finalement abandonné, à l’initiative sur les soins dentaires.

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«Pour quelle raison ajouter du sucre là où il n’y en a pas besoin? Une fois que vous avez répondu à cette question, vous comprenez que c’est pour améliorer l’envie de consommer certains aliments, dit le médecin cantonal. Personnellement, quand je cuisine des tomates farcies, je ne mets pas de sucre. Le fait que l’on doive ajouter des édulcorants pour donner envie de consommer est un choix de société.»

La taxe sera-t-elle efficace? Introduite en France et en Finlande, elle semble provoquer une baisse de la consommation, selon les premiers chiffres. «Ce qui est certain, c’est que la hausse continue des taxes sur les cigarettes fait baisser leur consommation», souligne Jacques-André Romand.

«L’OMS recommande l’instauration d’une telle taxe. Il est temps d’appliquer les recommandations d’une organisation dont nous sommes fiers d’abriter le siège mondial», conclut Delphine Bachmann.