C’est un revers majeur pour le PDC dans l’un de ses fiefs suisses. Ce dimanche, au second tour de l’élection au gouvernement jurassien, le parti des pères fondateurs du canton n’a pas été en mesure de regagner son deuxième siège au gouvernement, perdu ce printemps lors d’une partielle. Son candidat, Stéphane Babey, le président des maires de l’Ajoie, a finalement échoué à la sixième place, devancé par le ministre sortant chrétien-social indépendant (PCSI), David Eray, pourtant mis en difficulté lors du premier tour.

Au terme de plusieurs semaines de campagne minimaliste, paralysée par la deuxième vague de la pandémie, la population jurassienne a donc opté pour le statu quo, reconduisant l’entier de son gouvernement. «On a senti une volonté de maintenir l’équipe en place», commente à chaud le PLR Jacques Gerber. Vainqueur de ce deuxième tour avec 12 815 voix (49%), il signe une belle remontée après sa quatrième place du premier tour. Une victoire en forme de «reconnaissance» pour l’élu, qui sort renforcé du scrutin.

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Très médiatisé ces derniers mois en Suisse romande, Jacques Gerber, chargé de la santé et de l’économie, devance de dix petites voix l’autre ministre en vue durant la crise, le PDC Martial Courtet, président du gouvernement et responsable des écoles. Suivent, 3e et 4e, les deux socialistes Nathalie Barthoulot et Rosalie Beuret Siess, avec respectivement 11 851 et 11 647 voix. Une «véritable satisfaction» pour cette dernière, entrée à l’exécutif en mars seulement, au détriment du PDC.

«Il y a encore quelques mois, c’était tout sauf une évidence que le PS puisse conserver ces deux sièges, rappelle Rosalie Beuret Siess. Mais le duo formé avec Nathalie Barthoulot et la volonté de maintenir deux femmes de gauche au gouvernement a fédéré les électeurs.» A noter que l’élan socialiste n’a pas réussi à entraîner la candidate verte Céline Robert-Charrue, qui a été rapidement décrochée et termine dernière. C’était la première fois de l’histoire que les écologistes jurassiens se maintenaient au second tour.

Un cinquième siège disputé

Si la réélection des quatre premiers ministres semblait acquise, tous les regards étaient portés sur le cinquième siège, nettement plus disputé. Bien qu’isolé dans un entre-deux-tours où gauche et droite ont resserré les rangs, le ministre «centriste» du PCSI l’a emporté. David Eray a réussi le tour de force de gagner près de 3500 suffrages supplémentaires par rapport au premier tour, pour bondir à 10 413 voix. Pour lui, les électeurs ont été sensibles au fait de conserver un parti comme le PCSI, «engagé à créer des ponts et à trouver des consensus».

Le Taignon a surtout su mobiliser, bénéficiant d’un fort sursaut de sa région, qui risquait de ne plus être représentée au gouvernement. «Les Jurassiens sont des patriotes, relève David Eray. Ils se sont souvenus que notre canton était composé de trois districts et que les Franches-Montagnes ont eu une grande importance dans notre histoire.»

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Un PDC jurassien fragilisé

Les nombreux appels régionalistes en faveur de David Eray ont laissé le PDC «démuni», selon le mot de son président cantonal, Pascal Eschmann. Mais pour lui, l’élément déterminant demeure la crise du Covid-19, qui a perturbé tout le processus électoral: «Dans ce contexte, la prime aux sortants a été primordiale.» Pour les démocrates-chrétiens, qui avaient arrêté une stratégie offensive, concentrant leurs forces sur seulement deux candidats, l’échec n’en demeure pas moins cuisant.

Premier parti du canton en nombre d’élus au parlement, le PDC jurassien demeure fragilisé par une législature marquée par les dissensions internes. Pour les cinq prochaines années, il ne comptera qu’un seul ministre, alors qu’historiquement il en a toujours eu deux, voire trois. Cette défaite démocrate-chrétienne ancre durablement le canton dans la configuration nouvelle – héritée de la partielle de mars dernier – celle d’une cohabitation entre un gouvernement à majorité de centre gauche et un parlement de centre droit.