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L'affaire Pauline Queloz a précipité le PDC Jura dans la crise.
© Jean-Christophe Bott/Keystone

Tournant politique

Le PDC jurassien s'enfonce dans la crise

Profondément divisés depuis l’affaire Queloz, en manque de leadership, les démocrates-chrétiens du Jura s’entre-déchirent. Des troubles qui témoignent d’un saut de génération au sein du parti qui a fondé le canton

Menace de dissidence, démissions en cascade, règlements de comptes… La «grande famille» du PDC jurassien s’entre-déchire comme jamais. Autrefois formation politique hégémonique d’un canton qu’elle a façonné, les démocrates-chrétiens traversent «une crise profonde et désolante, que l’on n’arrive pas à régler», selon les termes de François Lachat, figure historique d’un parti aujourd’hui semblable à un bateau ivre. «Les ambitions personnelles qui divisent l’ont emporté sur les valeurs qui rassemblent», déplore l’ancien ministre.

La crise débute le 22 décembre dernier. En guise de cadeau de Noël, le PDC jurassien s’offre un psychodrame. Candidate officielle, Pauline Queloz, 27 ans, l’étoile montante du parti, n’est pas élue à la présidence du parlement cantonal. Un petit séisme. La juriste est alors dans la tourmente, soupçonnée d’avoir menti à la commission des examens d’avocat.

Lire aussi: Soupçonnée de mensonge, Pauline Queloz n’a pas été élue à la présidence du parlement jurassien

L’affaire secoue le landerneau politique jurassien. Le PDC en sort durablement divisé. Se sentant trahie, Pauline Queloz démissionne avec fracas, de même que deux membres influents du parti, Raoul Jaeggi, le chargé de communication, ainsi que le député et président de la Commission de justice Yves Gigon. Tous trois siègent aujourd’hui en indépendants et menacent de créer leur propre formation: le DCA, pour «démocrates-chrétiens autonomes». Le logo est déjà prêt: un oiseau en plein vol.

Le président jette l'éponge

Ce n’est pas tout. Dépassé par la polémique, le président cantonal, André Burri, préfère jeter l’éponge en février, accentuant la crise de leadership. Une désorganisation dont profite enfin l’éternel enfant terrible du PDC jurassien Pierre Kohler, déjà en retrait depuis quelque temps, pour claquer la porte cette fois officiellement. «Mon parti détruit ses membres. Surtout, il n’a plus de vision, plus d’idées», justifie celui qui fut tour à tour ministre, conseiller national et maire de Delémont.

Franc-tireur, Pierre Kohler met néanmoins le doigt là où cela fait mal. Le PDC jurassien semble tâtonner. La Question jurassienne a longtemps été sa boussole politique. Le parti fut celui des pères fondateurs, engagés à construire l’ossature institutionnelle du petit dernier des cantons helvétiques. Mais, aujourd’hui, la Transjurane est terminée et Moutier va finalement rejoindre le Jura. «Il y a aussi peut-être une usure du pouvoir, le parti porte ce canton depuis 40 ans», suppose de son côté le ministre Charles Juillard, l’actuel homme fort du parti.

Saut de génération

Le PDC Jura cherche également des successeurs aux hommes forts du passé, aux François Lachat, Pierre Boillat et autre Jean-François Roth. S’il admet «un saut de génération», Charles Juillard bat en brèche cette vision qui «veut que seuls les phénix d’autrefois soient capables de faire rêver les Jurassiens»: «Le PDC n’a jamais failli à son devoir de gérer l’Etat.»

Le jeune secrétaire général du parti cantonal, Gauthier Corbat, 32 ans, va même plus loin en appelant à un renouvellement: «Sans renier notre héritage, le poids de l’histoire et des institutions est lourd à porter et empêche d’aller de l’avant. Nous devons nous montrer dynamiques, réactifs et finalement plus proches de la population. Nous sommes clairement à un tournant.»

Fédérales en ligne de mire

Cette crise dans un de ses bastions historiques ne laisse pas indifférent le PDC suisse. Il existe peu de cantons où le parti possède un ancrage aussi fort. Le président national Gerhard Pfister a ainsi récemment reçu les trois sécessionnistes, le Zougois appelant le PDC Jura à rester soudé. Les prochaines élections fédérales de 2019 sont en effet en ligne de mire. Et les démocrates-chrétiens auront de la peine à ne pas perdre du terrain, divisés sur la nouvelle ligne droitière imposée par la direction du parti et affaiblis par l’annonce du retrait de leur charismatique conseillère fédérale Doris Leuthard. Sur quatre parlementaires jurassiens, deux sont aujourd’hui des PDC. Un enjeu de loin pas anodin.

Lire aussi: Le PDC devient un parti social-conservateur

Dans ce contexte, le congrès du PDC jurassien du 14 juin prochain à Glovelier sera crucial. Au programme, l’élection du président, qui aura la lourde tâche d’apaiser et de rassembler. Pour l’heure, deux candidats sont annoncés, le secrétaire général Gauthier Corbat et la conseillère aux Etats Anne Seydoux-Christe. Deux profils différents: la jeunesse face à l’expérience. D’autres noms pourraient apparaître d’ici à l’échéance. En cas de nouvelles dissensions lors de cette assemblée, François Lachat promet qu’il «tapera violemment du poing sur la table». Le ton est donné.

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