Président du PDC: il y avait bien, il faut le dire, siège plus courtisé sur la liste des postes de cadre à repourvoir en Valais. Le score très moyen des dernières élections cantonales (perte de cinq sièges au Grand Conseil) et l’érosion des suffrages viennent menacer la double majorité absolue (législatif et exécutif) du parti. Michel Rothen, lui, a choisi de se lancer à l’eau. Il a été élu hier soir par le Congrès du PDC du Valais romand pour succéder à Raphy Coutaz. Enseignant de 52 ans, Michel Rothen est un vieux loup de la politique. Connu des Valaisans comme coauteur des ouvrages pédagogiques Klorophiles et organisateur du championnat suisse d’orthographe, il a été conseiller général à Sion et a entamé, en mars dernier, sa troisième période comme député au Grand Conseil. Interview.

– Le Temps: Michel Rothen, que venez-vous faire dans cette galère?

– Michel Rothen: Être président de parti aujourd’hui c’est être une cible mobile, forcément. Je comprends qu’il n’y ait pas eu beaucoup de candidats au portillon. Mais on me connaît comme quelqu’un d’infiniment optimiste. Je suis convaincu que le PDC peut encore jouer quelques cartes. Il faut rappeler que les dernières élections cantonales se sont déroulées dans un contexte très particulier. Les deux conseillers d’Etat sur le départ en même temps, Jean-René Fournier et Jean-Jacques Rey-Bellet, étaient des mammouths du parti. Et le PDC était sorti très divisé du fameux congrès du 6 juin qui avait vu Christophe Darbellay échouer à la candidature pour le Conseil d’Etat.

– Justement, les fronts sont très affirmés. Centristes versus conservateurs: dans quel camp êtes-vous?

– Dans celui de ceux qui pensent qu’on ne peut pas faire de la politique correctement avec une aile droite et une aile gauche dont l’une essaie de battre plus vite que l’autre. Demander à ses membres et électeurs de choisir entre deux tendances, c’est comme demander à un enfant de choisir entre son papa et sa maman. C’est une question cruelle. Vu les circonstances, le PDC s’en est encore assez bien sorti. Il a maintenu le cap. Pour ma part, je suis un pragmatique du centre. Je suis convaincu que la seule politique valable est celle qui pèse les intérêts, qui prend des décisions de manière pondérée, mesurée, sage. Mon objectif: c’est de cultiver ce qui nous unit au sein du parti et de parler ouvertement de ce qui nous divise. Sans tabous.

– Le PDC valaisan est très éclaté. Il s’agira aussi, pour vous, de soigner les relations avec les autres membres de la famille C…

– J’ai fonctionné comme coordinateur des partis C (Jaunes, Noirs et PDC du Valais romand) au Grand Conseil. C’est peut-être ce qui a mis la puce à l’oreille des dirigeants du parti. Depuis le mois de mars, nos contacts avec le Haut-Valais ont été très bons. Nous nous efforçons de travailler sur nos points communs.

– Le PDC majoritaire a-t-il encore toute sa raison d’être?

– Le PDC a géré le double frein aux dépenses et à l’endettement. Il a réussi à conduire sept baisses d’impôt successives depuis 2000. Sa gestion rigoureuse permet aujourd’hui d’affronter la crise dans de bonnes conditions. Tout cela n’est peut-être pas très sexy, moins spectaculaire que la politique menée par les minoritaires, mais il faut bien nous reconnaître ces vertus. Ceux qui siègent à gauche, qui nous accusent de clientélisme à répétition et menacent de nous faire basculer devraient y réfléchir à deux fois. Mettre le PDC dans la minorité, c’est aussi s’exposer au risque de voir se former une coalition de droite PLR-UDC-PDC. La gauche se verrait alors complètement marginalisée, à 110 voix contre 20 au Grand Conseil. Ce n’est pas dans l’intérêt des Valaisans.

– Êtes-vous prêt à changer les statuts du parti pour que Christophe Darbellay puisse rempiler pour une 4e période à Berne en 2015? Ce serait le tenir un peu éloigné des affaires valaisannes…

– Dans un entretien accordé à la presse cantonale, Christophe Darbellay a reconnu mon indépendance. Je lui en sais gré. Il sait donc que je serai capable de réflexion et d’indépendance à tout point de vue. S’agissant des statuts, cette question sera discutée en toute transparence avec le comité. De même, par exemple, que la révision des structures du parti que certains disent trop lourdes et contraignantes. L’art de faire de la politique a changé. Nous devons être capables de plus d’immédiateté.