La place laissée vacante par Achille Casanova à la Chancellerie fédérale attise les convoitises du PDC. Elle le rend même fébrile. Agé de 63 ans, le vice-chancelier de la Confédération, démocrate-chrétien tessinois, a annoncé sa démission jeudi. Après vingt-quatre ans passés à cette fonction, il remettra son mandat à fin juillet pour devenir, dès août, le médiateur de la radio-télévision DRS. Et le PDC revendique le siège, d'autant plus qu'il ne dispose désormais plus que d'un seul conseiller fédéral. Jeudi, le parti s'est ainsi très rapidement fendu d'un communiqué pour dire qu'il proposera vite un successeur à Achille Casanova. C'est que, si le poste lui-même n'est pas vraiment politisé, sa procédure de nomination l'est fortement.

A la Chancellerie fédérale, outre le PDC Achille Casanova, se côtoient Annemarie Huber-Hotz, radicale, et Hanna Muralt Müller, socialiste. Le PRD a déjà deux conseillers fédéraux et une chancelière, le PS, deux conseillers fédéraux et une vice-chancelière: pour le PDC, n'avoir plus qu'un ministre serait dur à vivre. Il s'accroche donc au poste, d'autant plus que l'UDC pourrait également le convoiter: être porte-parole du gouvernement et rédiger les brochures de votations du Conseil fédéral peut s'avérer d'un intérêt stratégique.

Eviter le couperet de l'âge

«Nous tenons à ce poste car il est prestigieux en raison des contacts directs et constants avec les membres du gouvernement», insiste Béatrice Wertli, porte-parole du PDC. «Pour nous, il est important d'avoir dans ce «Gremium» quelqu'un qui partage nos valeurs et qui a la même notion de la collégialité que nous.» Lancé dans une véritable course contre la montre, le PDC devrait très rapidement proposer un ou plusieurs noms. Pour l'UDC, rien ne presse. Et les priorités sont ailleurs. «Pour nous, les postes politiques sont importants et là, il s'agit d'un poste sans fonction politique. Mais la direction du parti se réunira le 21 janvier et nous en parlerons», confie Gregor Rutz, secrétaire général de l'UDC. «Nous trouvons par contre scandaleux que la SSR ait un médiateur démocrate-chrétien, donc du même parti qu'Armin Walpen, son directeur général! Il devrait être indépendant!»

Ancien journaliste, Achille Casanova a été nommé en juillet 1981 vice-chancelier par le Conseil fédéral. Il officie comme porte-parole du gouvernement depuis septembre 2000. Dans sa lettre de démission, ce polyglotte avoue que sa décision a été difficile à prendre, d'autant plus qu'il ne se sentait «ni fatigué, ni las de son mandat». Mais il a préféré lui-même choisir le moment de son départ et éviter le couperet de l'âge. Il aura toutefois un regret: celui de ne pas pouvoir assister à l'inauguration du nouveau centre de presse du Palais fédéral, pour lequel il a beaucoup œuvré.

Pour lui, participer aux séances du Conseil fédéral – 1180 séances avec, en tout, 26 conseillers fédéraux différents – les mercredis a été extrêmement enrichissant, et lorsqu'il s'agissait, quelques heures après, de rendre compte des principales décisions devant la presse, il s'est toujours mué en véritable lynx: pas un geste des journalistes ne lui a échappé, et encore moins les questions posées. Le Tessinois a toujours su trouver les mots justes, expliquer les objets du Conseil fédéral avec clarté et défendre le principe de la collégialité avec conviction. Achille Casanova a deux fois, en 1991 et en 1999, été candidat, sans succès, au poste de chancelier de la Confédération. Si le Conseil fédéral nomme les vice-chanceliers, le chancelier est choisi par l'Assemblée fédérale.

Deux séances du Conseil fédéral lui ont particulièrement donné du fil à retordre sur le plan de l'information à gérer: l'une était consacrée à la démission d'Elisabeth Kopp, l'autre à la décision de déposer une demande d'adhésion à l'UE. S'il n'a jamais commis de véritable bourde, il s'est excusé d'avoir, en décembre 2003, déclaré publiquement que l'élection de Christoph Blocher et de Hans-Rudolf Merz risquait de poser un problème de collégialité. Quant à sa nouvelle tâche, elle l'occupera environ 80 jours par an. Achille Casanova ne voulait pas se laisser entièrement submerger par le farniente, avec quelques promenades et parties de tennis. «Cela aurait énervé ma femme», a-t-il, tout sourire, soulevé devant la presse.

Pour sa succession, des regards se tournent déjà vers Livio Zanolari, actuellement porte-parole du Département fédéral de justice et police (DFJP) de Christoph Blocher. L'homme correspond au profil du poste: démocrate-chrétien, il appartient à la minorité italophone des Grisons, est polyglotte, connaît bien l'administration fédérale pour avoir travaillé pour cinq conseillers fédéraux. Il manie de plus parfaitement la langue de bois (ou de coton, c'est selon) et, pour avoir travaillé à la télévision suisse italienne, il sait également gérer son image et user de son charme latin. Contacté, Livio Zanolari fait mine de ne pas s'être fait cette réflexion.