Peut-être est-ce parce qu’ils pensaient qu’ils parviendraient mieux à nouer des liens entre eux que les dirigeants du PDC et du Parti bourgeois-démocratique (PBD) ont choisi les salles discrètes de la Zunfthaus zu Webern – la Corporation des tisserands –, dans la vieille ville de Berne, pour mener leurs tractations secrètes. Le résultat n’est pourtant pas spectaculaire, puisque les deux partis ont simplement annoncé lundi la création d’un «comité de projet» chargé de poursuivre l’examen de leur rapprochement.

Depuis le 23 octobre, le président du PDC, Christophe Darbellay, s’était muré dans le silence le plus absolu. Dans un premier temps, son collègue du PBD, Hans Grunder, s’était montré un peu plus disert. Gonflé à bloc par la victoire de son parti aux élections fédérales – dix sièges en tout – il disait à qui voulait l’entendre qu’une fusion avec le PDC était exclue et que son parti n’était pas une construction éphémère. Il l’a redit haut et fort lors de l’assemblée des délégués du PBD le 5 novembre à Chiètres (FR).

Ces déclarations lui ont valu des reproches, à tel point que Hans Grunder s’est à son tour montré plus discret. Les tractations se sont toutefois poursuivies, «au rythme d’au moins une fois par semaine», confie Christophe Darbellay. Ces réunions confidentielles se sont pour l’essentiel déroulées à Berne et les conseillères fédérales Doris Leuthard et Eveline Widmer-Schlumpf ont participé à au moins l’une d’elles.

Les représentants des sections cantonales du PDC et les groupes parlementaires ont été informés de l’évolution des discussions les 22 et 25 novembre. Et c’est là que la machine s’est grippée. «Nous avons constaté qu’il était nécessaire d’impliquer les sections cantonales. Notre parti a une tradition séculaire. On ne peut pas écrire une nouvelle histoire en quelques semaines», souligne le chef du groupe PDC, Urs Schwaller.

«On ne peut pas imposer une solution d’en haut», ajoute le président du groupe PBD, Hansjörg Hassler, qui cite le cas de son canton des Grisons, où les deux partis sont concurrents: «Le PBD et le PDC ont chez nous des traditions différentes. On ne peut pas imposer de nouvelles solutions du jour au lendemain.»

Voilà pourquoi, au terme d’une bonne demi-douzaine de séances, les dirigeants du PDC et du PBD n’ont pu présenter autre chose que la création de ce «comité de projet» dans lequel siégeront les démocrates-chrétiens Gerhard Pfister (ZG) et Konrad Graber (LU) ainsi que les représentants du PBD Martin Landolt (GL) et Werner Luginbühl (BE). Ce nouvel organe se mettra au travail le 1er février et présentera des propositions dans six mois. Avant chaque session, il fera le tour des grands dossiers figurant à l’agenda du parlement pour tenter d’établir une base commune. «Ce comité devra définir les dossiers importants pour les partis du centre», précise Hans Grunder. Cela signifie que les six semaines de discussion n’ont pas permis d’établir la liste des dossiers prioritaires pour les deux formations. «Mais les thèmes importants pour lesquels nous pouvons collaborer sont connus: il s’agit de l’énergie, des infrastructures, de la politique économique, de l’emploi, de la sécurité ou encore des assurances sociales», énumère Christophe Darbellay.

«Nous mettons en place un chemin et une perspective. Mais j’imagine que certains seront déçus car ils attendaient davantage», déclare le président du PDC, qui doit lui-même faire partie des déçus. Des sources internes indiquent que le Valaisan défendait un rapprochement plus ferme, pourquoi pas sous la forme d’une fusion. Le «comité de projet» a certes pour mandat de proposer des formes de collaborations futures, mais la fusion ne fait pas partie des scénarios envisagés.

«Le terme fusion est connoté négativement», admet Christophe Darbellay. Les deux partis ont aussi renoncé à former un groupe parlementaire commun. Et ils ont examiné un scénario à l’allemande. Outre-Rhin, les chrétiens démocrates de la CDU et les chrétiens-sociaux bavarois de la CSU sont des partis distincts mais défendent des positions communes. Or, une telle union ne peut être envisagée que si elle a le soutien des structures cantonales, ce qui est loin d’être le cas.

Que signifie le maigre résultat des négociations pour l’élection du 14 décembre? Le sort d’Eveline Widmer-Schlumpf ne fait officiellement pas partie de cette stratégie. «Celle-ci n’est pas liée à des personnes», insiste Urs Schwaller. Il ajoute que le groupe PDC se déterminera à ce sujet ce mardi. Christophe Darbellay milite depuis longtemps pour la réélection d’Eveline Widmer-Schlumpf. L’enthousiasme est peut-être moins fort au sein du groupe, mais peu imaginent que le PDC propose de ne pas la réélire.

Ce d’autant moins que les Verts libéraux – qui reconnaissent le droit de l’UDC à occuper le siège de la Grisonne ou celui de Johann ­Schneider-Ammann – constituent désormais leur propre groupe parlementaire. Urs Schwaller critique d’ailleurs les «propositions absconses» de leur président, Martin ­Bäumle. Après avoir demandé à auditionner les deux conseillers fédéraux, ce dernier a aussi proposé de modifier l’ordre de remplacement des sortants afin d’opposer Eveline Widmer-Schlumpf et Johann Schneider dans un face-à-face final.